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Chroniques Historiques / Vimy.
«Opération Glimmer» : Jour J en Côte d’Opale

Un hôtel ‘4 étoiles’ à la Pointe de la Crèche ?

« La capture de la crête de Vimy en avril 1917 est considérée comme l’un des achèvements majeurs du Canada. C’est une des quelques batailles de la Première Guerre mondiale qui trouve place dans la conscience canadienne », ainsi s’exprime Norm Christie. Ma visite des lieux débutait dans une météo nordique à souhait et les lourds nuages gris foncé offraient aux deux pylônes un contraste décisif. Ce jour-là, nous étions moins d’une douzaine à gravir les marches du Mémorial de Vimy quand les bourrasques de pluie passèrent en force. Ce qui n’empêche pas d’engager la conversation avec ces étudiants bien sympathiques qui ont la tâche de guider – peut-être cornaquer ? – les visiteurs. L’un d’eux terminant son séjour et profitant sans doute d’une bourse poursuivait son périple européen par Bruxelles. Voulant offrir du chocolat à sa ‘darling’, une bonne adresse lui fut fournie avec… chut ! (Photo: Robert Dehon en compagnie des ses amis guides)

Il est exact que la toile hexagonale offre déjà des sites portant sur Vimy. Cette chronique se démarquera du tourisme ‘all-inclusive vin à volonté’ : de fait, la création du Mémorial de Vimy s’avère une véritable aventure dont la complexité a atteint des sommets. Son créateur, l’architecte et sculpteur canadien Walter Seymour Allward, la légende le prétend, en avait eu la vision dans un rêve. Si le paranormal s’en mêle pour commémorer les 60.000 Canadiens dont 16.000 sans sépultures qui ont offert leurs vies dans la Grande Guerre, l’affaire mérite d’être contée. Débutons par le commencement.

La bataille de la crête de Vimy.
En septembre 1914, l’armée française a cassé la pénétration allemande sur la Marne. Les troupes de l’empereur retraitent vers le nord : c’est la ‘course vers la mer’. A la fin du mois, Français et Allemands s’affrontent dans la région d’Arras. Le front se stabilise à la fin de l’année, les Teutons contrôlent deux points hauts : les crêtes de Notre-Dame de Lorette et de Vimy d’où ils peuvent bombarder Arras sans le moindre danger. Au printemps 1915, les Français décident d’annihiler cette intolérable pression. Dans un premier temps, l’attaque se passe bien avec la prise de la crête de Vimy mais la contre-attaque les en repousse, toutefois les pentes ouest ne sont pas perdues. Les Allemands perdent Notre-Dame de Lorette, cependant les espoirs d’une victoire décisive sont loin d’être atteints. Les pertes françaises s’élève à 100.000 soldats ! La situation se fige jusqu’au 25 septembre, heure à laquelle une attaque combinée franco-britannique est entreprise. Les Allemands demeurent sur les hauteurs de Vimy, mais les Français conservent encore les pentes ce qui, somme toute, sera un appoint pour les Canadiens. Commencent alors la guerre des tranchées et des mines qui durera pendant quasiment toute l’année 1916, par les Français d’abord puis, à partir de mars, par les Anglais. Un effort d’imagination est requis pour s’imaginer les combats constants, les bombardements d’artillerie incessants, les escarmouches, les tentatives d’attaque sur un front devenu presque fixe… pendant tous ces mois ! Le paysage, criblé d’entonnoirs et autres cratères de mine, est devenu lunaire. Par exemple : le 21 mai, les Allemands lancent une attaque limitée, les Britanniques doivent abandonner du terrain, puis contre-attaquent mais perdent finalement entre 200 et 500 mètres de positions hautes, au grand dam des Français qui s’étaient chèrement battu pour les acquérir. 
En octobre 1916, les Canadiens investissent le secteur de Vimy en provenance de la Somme. Leur ‘task-force’ est importante puisque pour la première fois dans la Grande Guerre ils alignent, en décembre, quatre divisions. Le lecteur attentif aura certainement remarqué comme le temps passe, chaque jour ajoutant son lot de pertes. Les états-majors alliés calculent que pour 1917 une grande offensive aura lieu : les Anglais perceront au sud d’Arras tandis que les Français frapperont au Chemin-Des-Dames. Sous une telle ruade, les ‘boches’ capituleront. Au détail près que les Canadiens devront consolider le flanc nord des Britanniques. Soit, prendre la crête de Vimy ! Pour ce faire, ils s’entraînent semaines après semaines, mois après mois, ceci afin d’engranger des renseignements et de former leurs troupes au combat. Ceci se passe pendant tout l’hiver, avec bon succès mais aussi des pertes parfois jugées inutiles par leur propre commandement. Le temps passe et on se trouve en mars 1917. Le premier du mois les choses sérieuse débutent, la 4th Division, placée face au nord de la crête, lance un raid massif vers deux positions qui resteront dans la mémoire militaire canadienne : ‘The Pimple’ et ‘Hill 145’. C’est un échec complet : 687 soldats perdus dont plusieurs officiers supérieurs ! Il s’avère impératif de revoir la tactique, ce qui prendra un mois. En avril, les quatre divisions attaqueront ensemble sur un front de quelque sept kilomètre. Lundi de Pâques 9 avril à 5h30, sous une météo de grésil, l’attaque débute, précédée par une préparation d’artillerie de deux semaines dont la semaine avant l’heure H avait vu l’envoi d’un million d’obus de tout calibre sur la crête ! A 5h30 donc commence le rouleau compresseur du barrage d’artillerie qui s’abat devant l’infanterie, avec une belle précision. Cette artillerie de campagne a sans doute été l’élément majeur de la victoire canadienne.

 

Carte synthétique de l’assaut canadien du n9 avril 1917.

La 1st Division attaque avec six bataillons sur un front de 1,8 km vers les villages de Thélus et de Farbus, soit une percée de 3,8 km sur une pente faible ; la 2nd Division et ses quatre bataillons s’élance également vers Thélus sur un front de 1,3 km, le but étant de capturer un important réseau de tranchées allemandes ; la 3rd Division et six bataillons sur un front de 1,2 km doit forcer le passage sur un terrain plus pentu et ravagé par les combats de 1915 pour atteindre le versant est de la crête face à Vimy à 1 km ; la 4th Division et quatre bataillons sur un front de 1,8 km doit s’emparer de Hill 145 distante de 1,2 km et le versant est, c’est la partie la plus défendue et le terrain est parfois escarpé et complètement ravagé ; deux bataillons s’efforcent de protéger le flanc nord de la 4th Division car la position ‘The Pimple’ est toujours aux mains de l’ennemi. 

Il est difficile de résumer la bataille de cette journée mémorable dans le cadre de cette chronique : la crête de Vimy est prise à la fin de la journée, malheureusement 3.098 soldats y perdent la vie et le nombre de blessés est lourd, 6.504. Par contre, après la prise du ‘Pimple’ et de Givenchy-en-Gohelle, l’armée du 2e Reich se replie sur la plaine douaisienne. Belle victoire pour les lignes alliées, hélas les semaines qui suivent ne consolident pas la percée et la guerre va encore durer plus d’un an avec son cortège de destructions et de morts, de blessés, d’estropiés et autres calamités. Il est à noter que pendant l’assaut canadien des chars d’assaut furent utilisés avec satisfaction. 

Mises en batteries de nids de mitrailleuses ; des soldats montent au front accompagnés de chars d’assaut de type Mark IV ‘mâles’.

La création du Mémorial de Vimy.
Après la défaite de l’Empire allemand, il faut attendre 1920 pour que le gouvernement canadien décide de commémorer ses enfants – ses jeunes soldats ! – tombés lors de la Première Guerre mondiale. Le choix du site se révèle assez simple et pour deux raisons : la crête de Vimy offre de par son altitude un panorama grandiose, c’est aussi un lieu de victoire canadienne indiscutable. La Hill 145 est choisie sans hésitation. Encore faut-il savoir quoi y construire. Un organisme étatique est mise en place, la ‘Commission des champs de bataille nationaux – CCBN’ qui lance un concours d‘architecture en décembre 1920. Chaque artiste ou académie doit soumettre une maquette de son projet. 

Les maquettes en plâtre sont soumises aux autorités ; le croquis précisant la mise en situation souligne la précision et le professionnalisme du concours. 

Extraordinaire croquis en plan et élévation d’Allward ; le plan renseigne la position alphabétique des patronymes gravés sur les flancs du Mémorial. 

Allward tient à tirer parti de la géophysique de la crête et simule le regard porté par un visiteur vers la future structure du monument, imagination et contrôle du détail au sommet, oserions-nous dire. De même, le croquis montre que son idée générale est déjà parfaitement claire quand on la compare avec le plan final. Subsistent quelques questions à ce jour sans réponse : a-t-il introduit un concept symbolique dans la géométrie du bâtiment tel le Nombre d’Or, tant en plan qu’en élévation ? L’orientation géographique a-t-elle une importance tout comme le mouvement diurne du soleil ? Pour quelle raison la statue «Le Canada en deuil» ne se situe-t-elle pas dans l’axe médian des pylônes ? 

Maquette de ‘L’homme en deuil’ et sa réalisation finale.

Le Mémorial intègre vingt statues de personnages symboliques associés à la guerre, par exemple : ‘Le Canada en deuil’, ‘La Rupture de l'épée’, La compassion du Canada pour les faibles’, ‘Le porteur de flambeau’… Allward quitte le Canada pour un atelier à Londres où il façonne avant tout des modèles en glaise mais sans être cuites elles se désagrègent rapidement, des copies en plâtre sont immédiatement coulées, ce qui signifie qu’elles sont creuses et possèdent un étançonnement interne en solives de bois. L’échelle de ces ‘maquettes’ représente grosso modo la moitié de la taille définitive. 

Fouille creusée et bétonnée, les ronds de fer s’élèvent et les planches de coffrage sont clouées.

En 1922, la décision tombe : le Mémorial sortira de terre à Vimy. La crête étant restée en l’état depuis la fin du conflit, il faut d’abord ‘dépolluer’ le site de 100 ha et l’aplanir. Plus de deux années et demie s’avèrent nécessaire pour se débarrasser des ‘déchets de tirs’ : obus, grenades, bombes et munitions non éclatées, il y aura des victimes parmi les préposés à ces manipulations dangereuses. La phase suivante, en 1925, représente la construction de l’ossature du Mémorial en béton armé. Le travail est colossal et nécessite traçage de routes et pose de voies de chemin de fer de type 60 cm. La façade est s’achève début 1930. 

Une partie des statues en plâtre d’Allward sont actuellement exposées au Musée de la Guerre à Ottawa, une véritable chance qui permet, à hauteur d’homme, d’admirer le talent du sculpteur mais aussi la précision, la délicatesse, l’inspiration de son geste, ainsi que la structure supportant le gypse retourné en son état originel. Ces photos sont dues à Robert Fowler… qui passe d’intéressantes journées dans ce magnifique Musée. L’histoire de ces maquettes de plâtres surprend aussi, en 1937, elles sont rapatriées au Canada étant donné que le Premier Ministre, William Lyon Mackenzie King, pensait les utiliser afin de couler des copies en bronze. Le projet n’aboutit pas et les caisses les contenant se retrouvèrent dans les entrepôts des Travaux Publics. Par un passe-passe administratif, en 1960, elles échouent au Musée canadien de la guerre qui souhaite qu’elles soient entreposées ailleurs, ceci par manque de place. Le Ministère des Anciens combattants accepte même qu’elles soient détruites après photographies. Le Ministère de la défense, quant à lui, refuse. Nos belles maquettes prennent le chemin de la caserne Vimy à Barrefield dans l’Ontario. Retour dans les entrepôts des Travaux publics, en 1977, de dix-sept d’entre-elles, trois demeurent à la caserne. Tout à coup, le musée d’Elgin en Ontario, spécialisé dans la sculpture, souhaite les exposer… hélas, l’espace est trop restreint : retour au Musée de la guerre qui, lui, envisage une exposition sur Allward. Pour la première fois depuis 1937 les caisses sont ouvertes, nous sommes en 1993 ! Horreur, l’exposition n’a pas lieu ! Et les maquettes de plâtre sont remisées jusqu’en 1999 heure à laquelle leur restauration est entreprise : long et coûteux travail qui se termine en 2000. Les artefacts premiers du Mémorial de Vimy sont sauvés, ils peuvent s’admirer dans la salle de la Régénération. 

La statue de ‘La femme en deuil’.

L’illustration de gauche est particulièrement intéressante puisqu’on y voit une portion de la maquette posée sur ce muret et la statue à échelle double. On remarque que si le travail est fortement engagé, il n’est pas encore achevé : la texture de la pierre est encore relativement grossière. En effet, il nécessitera encore des heures sinon des jours de labeur au sculpteur pour que la finition des détails soit impeccable, Allward n’hésite pas à y mettre lui-même le burin et le marteau, sans oublier un temps considérable de polissage et de sablage. On aperçoit, près de la main droite, un outil de vérification de l’agrandissement, un compas courbé. Ce dernier est réalisé avec un pantographe, un instrument permettant la reproduction mécanique d’un dessin ; il fut inventé en 1603 par l’astronome allemand Christoph Scheiner. Face au bloc de calcaire, le sculpteur, à l’aide de deux règles, perçait la pierre à des profondeurs permettant de reproduire la maquette à échelle double. Un sacré travail de patience !

La carrière de stockage sur la Hill 145 et ses chantiers protégés des intempéries.

D’où provient-il donc le calcaire du Mémorial ? Au vu de la complexité du chantier, on aurait pu penser faire l’impasse d’une extraction lointaine. C’est sans compter sur la vision d’Allward, non ? Il lui fallait que cette matière première ait une qualité hors pair. Il se met alors à la recherche de la carrière idéale : deux années de recherche ! Et il la trouve, pointant symboliquement un fait historique concernant le déclenchement de la Première Guerre, l’assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand et de son épouse la comtesse Sophie le 28 juin 1914 à Sarajevo. S’inspirant des ruines du palais de Dioclétien à Split en Dalmatie (Croatie), le calcaire blanc au grain très fin, provenait d’une ancienne carrière romaine située près du village de Seget. Allward la réactive et 6.000 tonnes de blocs sont découpés puis transportés par bateaux vers la France puis acheminées par camions ou trains sur la crête de Vimy. L’approvisionnement prit une année.

La protection des artisans n’est pas un vain mot.

Aucun chômage technique pour les sculpteurs et autres artisans, les deux pylônes sont non seulement échafaudés mais également couverts d’une importante charpente avec toiture les protégeant de la météo – du vertige ? - ainsi que d’un plancher puisqu’on aperçoit une échelle : le faîte se dresse à 40 m de hauteur.

La Dame du ‘Canada en deuil’ fait face à la plaine de Lens.

Si la solennité du Mémorial impressionne quand on y accède par la face ouest, c'est-à-dire depuis le parking, le contournement des pylônes réserve son quota de surprises : le panorama sur la plaine de Lens, certes, avec au loin les montagnes incongrues des terrils, cette volée de marches qui mènent naturellement à la terrasse… et la statue de la Dame dont ne perçoit pour l’instant que le linceul, perchée sur le mur périmétrique. ‘Canada en deuil’ aimante le regard, s’en approcher devient alors impératif, découvrir sa posture et son visage, le but ultime de ce périple du Souvenir. Bien entendu, Allward a mis tout son talent artistique, sa sensibilité et son imagination dans les dix-neuf sculptures, la vingtième, excentrée de l’ensemble monumental, cette Dame met en exergue tout le génie du sculpteur. 

Dernière étape pour que tout cela ait un sens, la gravure des patronymes de 11.285 soldats portés disparus ; ensuite le nettoyage par projection de sable, serait-il possible que le personnage à droite consulte une ultime fois une liste ? Si l’on se réfère au plan plus haut, un espace est réservé pour des noms additionnels. 

Les derniers travaux et, à droite, vue aérienne de l’inauguration.

Le 26 juillet 1936, prend place l’inauguration du Mémorial devant plus de 100.000 personnes dont 6.200 Canadiens qui ont emprunté des paquebots vers la France. La Légion Canadienne a organisé les voyages et l’intendance touristique, un passeport officiel ‘Vimy’ fut même édité et 1.500 vétérans vivant en Grande-Bretagne se joignent au pèlerinage. Sous un soleil radieux, l’Armée française, des Spahis marocains, des escadrilles d’avions animent la foule. Les dignitaires canadiens, anglais et français saluent l’arrivée de sa Majesté le Roi Edward VIII, ce dernier remercie la France d’avoir concédé à perpétuité le site de Vimy au Canada. 

L’inauguration, ‘the unveiling’, de la statue maîtresse du Mémorial.

Déjà en 1980, le Mémorial souffrait des intempéries, en 2001, un budget gouvernemental de 30 millions de dollars canadiens est débloqué pour sa restauration. Du printemps 2004 au 2 avril 2007, le bâtiment est placé sous cocon et interdit de visite. Les autorités en charge se posent même la question s’il fallait utiliser du calcaire de Seget : la Croatie sortait à peine de sa guerre civile. Le propriétaire croate de l’ancienne carrière romaine, comprenant le lien historique entre celle-ci et Vimy, décida d’excaver un site à proximité afin de fournir une pierre de qualité identique. Tout est bien qui finit bien. 

Encore un symbole évident de la Grande Guerre : ses tranchées !

A quelques centaines de mètres à l’ouest du Mémorial se découvre un parc de préservation de tranchées, de galeries souterraines et d’entonnoirs causés par l’explosion de mines ainsi que deux cimetières : impressionnant. Un parking jouxte un hall d’accueil comprenant une section muséale et une librairie, le tout animé par ces jeunes guides sympa. Si le Mémorial et le parc sont d’accès libre, la visite des souterrains est payante et s’effectue avec un guide.

« Sur cette terre d’Artois qui a tant souffert, et où nos alliés ont été nos libérateurs, la France dit merci au Canada. Thank you Canada ». Extrait de l’allocution en l’honneur du 90e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy par le Premier Ministre Dominique de Villepin.

Robert Dehon.

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notes sur l'auteur

POUR ALLER PLUS LOIN...

Walter Seymour Allward, un aperçu… 

Allward est né le 18 septembre 1876 à Toronto. A 14 ans, il aide son père qui est charpentier, ensuite il passe apprenti dans une société d’architecture puis dans une seconde où il montre un talent pour le travail de la glaise et réalise des ornements architecturaux. Il suit aussi des cours à la New Technical School qui le préparent à une longue carrière de sculpteur. Ainsi, dès 1895, il est en charge du Mémorial de la paix des Batailles du Nord-Ouest à Toronto. Sa carrière est en effet lancée par une succession de commandes gouvernementales comme le mémorial de la Guerre des Boers, celui de la Guerre Sud-africaine : son talent se vérifie dans les épopées héroïques dans lesquelles il excelle. Après la Grande Guerre, de cénotaphes en monuments commémoratifs, l’activité d’Allward peut surprendre : il est non seulement inventif dans le sens artistique du terme mais il ajoute la modernité à son art en utilisant comme structure primaire le béton, l’agrémentant de roches nobles avec une imagination dans le détail qui fait de lui un maître sculpteur. Il y avait aussi peut-être en lui cette sensibilité à l’Art Nouveau qui peut se deviner dans l’envolée des pylônes de Vimy. Je ne sais, je ne suis pas spécialiste, c’est pourtant cette impression que je retenais lors de ma visite sur la crête…Quel talent, quelle vision, quel rêve ! Allward décède le 24 avril 1955 à Toronto. 

POUR ALLER PLUS LOIN...

La visite d’Hitler à Vimy.

Le samedi 1er juin 1940, le Führer quitte son quartier-général ‘Felsennest’ pour l’aéroport d’Odendorf. Le vol le conduit à celui de Haeren au nord-est de Bruxelles, siège du futur centre de commandement de l’OTAN. Hitler entame alors une série de visites en Belgique et en France, ponctuée de rendez-vous avec ses généraux, histoire de faire le point sur la victoire à l’ouest. Il visite entre autres les lieux où il a vécu les combats lors de sa participation à la Grande Guerre : Ardooie, Langemark, Ypres, Kemmel, Lille… pour s’installer au château de Brigode à Annappes afin d’y passer la nuit. Le dimanche 2 juin, après le déjeuner à 8h30, le convoi se dirige vers Point-à-Marck, Avelin, Seclin, Carvin et Lens, ceci avec plusieurs arrêts de conférence avec des chefs de corps. Suit la visite du Mémorial canadien de Vimy, sur la terrasse sous les deux pylônes (photo USNA), le General der Infanterie Hermann Hoth du V. Armeekorps a fait placer des panneaux sur lesquels sont disposés des cartes retraçant le passage de la Meuse à Dinant et l’affrontement de blindés à Cambrai. S’adressant au Generalmajor Erwin Rommel, Hitler lui dit : « Rommel, nous étions vraiment inquiets pour vous lors de cette attaque ». Ambiance bon enfant, quoi. Derrière le groupe d’officiers on devine, couverte par une armature de planches de protection mise en place par les Français, la statue ‘Canada en deuil’. Plus loin, sur la pelouse en contrebas, deux Messerschmidt Bf 108 Taifun attendent : tout était rondement prévu ! 
Avant de poursuivre son périple, Hitler s’arrête encore près des tranchées préservées depuis 1918. Le prochain arrêt est celui de Notre-Dame de Lorette. Si une certaine nostalgie empreinte d’un sentiment de revanche peut être comprise quand Hitler parcourt les lieux où il vécut en 14-18, les visites des mémoriaux doivent être considérées comme des actes de propagande, d’ailleurs on ne s’y attarde guère et elles sont encombrées de courtes conférences militaires qui meublent le passage du dictateur : expliquer les opérations de Dinant à Vimy relève d’un certain surréalisme de piètre goût.

SOURCES

«The Canadians at Vimy», Norm Christie, CEF Books, 2002.
«Vimy», Pierre Berton, Pen & Sword, 2003.
«Mémoire d’un monument : les sculptures du Mémorial de Vimy», Laura Brandon, Musée canadien de la guerre (Internet).
La carte de l’assaut provient de l’ouvrage de Norm Christie (colorisation RD).

REMERCIEMENTS

Avant tout et une fois de plus, je tiens à remercier chaleureusement mon ami T. Robert Fowler qui, à l’annonce de ce projet, répondit dans la journée, il vit à Toronto, en ajoutant ‘je vois cela au musée lundi prochain’ ; une semaine plus tard il m’envoyait les photos qui illustrent la chronique. Thanks Bob !
Je remercie également vivement l’organisation gouvernementale canadienne «Anciens Combattants du Canada/ Veterans Affairs Canada» qui a développé le thème de Walter S. Alward sur son site Internet. Dans le cas de cette chronique, je me conforme au paragraphe ‘Copie non commerciale’ des stipulations du site Internet repris ci-dessus et «que la copie ne soit pas présentée comme une version officielle des documents copiés, ni comme une copie faite en affiliation avec Anciens Combattants Canada ou avec son aval». En effet, j’ai assemblé les différents clichés sous forme de fichiers autonomes au format JPG, les mêlant parfois avec mes propres photos, de même afin d’équilibrer le rendu photographique global ils sont tous passés sous Photoshop. Il s’agit donc bien d’une réutilisation d’éléments aux fins d’illustration du texte. Ceci en mémoire à ces courageux soldats canadiens qui ont combattu en terre de France et de Belgique lors de la Grande Guerre.

NOTES

‘The Pimple’ : la pustule, le bouton, jargon de soldat? c’est dire que la position ennemie était désagréable.
Hill 145’ : la colline à 145 m d’altitude.
Les tanks ‘mâles’ ou ‘femelles’ : qu’ils soient de type Mark I à IV, le char ‘mâle’ était équipé de canons tandis que la version ‘femelle’ l’était de mitrailleuses. 
 

 

 

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