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Chroniques Historiques / «Regenwurm» : l’ultime camouflage ?
Munitions sous la Manche

«Opération Glimmer» : Jour J en Côte d’Opale

C’est grâce à mon ami Gérard Himber que l’histoire du souterrain de Setques peut vous être rappelée. Histoire locale, certes, mais aussi révélatrice des dangers que peuvent rencontrer les investigateurs. Le village de Setques se situe à moins de 6 km de Wizernes, sur la D211. Qui dit Wizernes pense immédiatement à la Coupole d’Helfaut, haut-lieu de l’histoire des bunkers spéciaux pour V-2, l’arme de la dernière chance d’Hitler. Gérard me disait : « Tu devrais écrire un article sur ces galeries très mal connues, et puis… j’aimerais que tu parles de mon ami André Holland, une personne formidable qui en connaissais un bout ! Par ton article, je veux saluer sa mémoire ». Dont acte, Gérard.

Les collaborations chez OpaleHistoires.com fonctionnent sur base d’échanges et de lectures du texte avant sa mise en ligne. En excellente camaraderie, ce qui est déjà formidable… Ainsi, Gérard me disait qu’il lui semblait que cette chronique était peut-être compliquée pour le lecteur non spécialisé. Il se référait, entre autres, à une exposition à laquelle il participait à Crécy-en-Ponthieu – localité pile dans l’installation de sites V-1 – que même les visiteurs locaux ignoraient tout du développement de cette arme, sans oublier la V-2 ! Fort de chez fort comme on dit actuellement. Pour ceux qui souhaitent découvrir ces armes de représailles, nous vous convions à parcourir le site de Laurent Bailleul : http://www.sitesv1du-nord-de-la-france.com/index.htm 

Donc OpaleHistoires.com s’enfonce dans l’Audomarois, délaissant un instant le sel et l’iode des embruns de la Côte d’Opale. Notre cheminement suivra plus ou moins les méandres d’une rivière célébrée par les cruciverbistes, l’Aa. Une région qui comporte les vestiges titanesques de quelques constructions spéciales décidées par Adolf Hitler. Lieux de lancement des armes de représailles, V-1 et V-2, dont les bunkers d’Epperleque et Wizernes sont les exemples les plus connus, avec Siracourt plus à l’ouest et Mimoyecques au nord. Sans oublier les sites de la presqu’île du Cotentin qui sortent du cadre de cette chronique. 
Afin de replacer les événements dans leur contexte historique, l’édification de ces bases débute en 1943, dans le secret le plus strict, et se poursuive jusqu’en juillet 1944. La tendance des autorités militaires du Reich est de protéger les installations de lancement par des bunkers dont le béton de toiture lorgne vers les 5 m d’épaisseur, les murs extérieurs étant dans le même esprit. Ceci dans l’espoir que les armes spéciales seront opérationnelles au moment de l’achèvement des casemates. L’idée est identique pour les emplacements de tir de V-1 disséminés dans le Nord – Pas-de-Calais : l’approche est dite des ‘installations lourdes’. Approche déjà controversée au sommet de la hiérarchie puisque l’on réfléchit au développement d’apparaux mobiles, tant pour les V-1 que pour les V-2.

Vue en perspective du B 21 au 1/8/44 avec à droite la mention Regenwurm (cliché de la double page de ‘Constructions spéciales’, R. Hautefeuille).

Bientôt l’énormité des chantiers mis en œuvre n’échappe pas à la vigilance de la Royal Air Force et même si l’utilisation des sites demeurera énigmatique jusqu’à leur prise par les armées Alliées, les Britanniques décident pragmatiquement d’entreprendre le bombardement de tout ce qui sort de terre. Lentement d’abord, avec peu de résultats probants et des hésitations… il faut attendre le deuxième trimestre 1944 pour voir un réel sursaut : la bombe Tallboy de six tonnes apparaît alors dans l’arsenal de la RAF. Si bien que les bombardements ainsi renforcés se révèlent dévastateurs. Non pas qu’ils détruisent les bunkers – quelques ‘hits’ seulement – mais les zones périphériques sur plusieurs km² sont de véritables champs de cratères se superposant qui ont pulvérisés routes, voies de chemin de fer, matériels de chantier et intendance. L’impact de ces bombardements est naturellement scrupuleusement suivi par les Allemands dont l’organigramme de guerre est plus que compliqué, à savoir et sans entrer dans les ultimes détails : le Beauftrage zur besonderen Verwendung (Heer) – B.z.b.V.- dont le chef d’état-major est l’Oberstleutnant Georg Thom, le Dr.-Ing. Kupferschmid de l’OT-Einsatzgruppe West, le Generalmajor Josef Rossmann du Wa Prüf 10, le Generalmajor Leo Zanssen et le Dr.-Ing. Ernst Steinhoff du HAP 11 et d’autres responsables d’unités tactiques : une usine à gaz ! Avec ses rivalités internes qui mèneront à la prise en main de la SS sous l’autorité de l’Obergruppenführer Friedrich Kammler.

Croquis du plan des galeries de Setques (RD).

Ces bureaux cités ci-dessus se réunissent à Bansin, cité balnéaire de la Baltique, le 1er juillet 1944. Roland Hautefeuille offre la longue traduction des méticuleuses minutes de cette réunion dans son livre séminal. En résumé, les protagonistes émettent une série de choix tactiques qui flirtent avec une stratégie de repliement sans l’avouer. Tout ce qui a une valeur technique – machineries, cuves de confinement d’oxygène liquide, matériaux divers, etc.- doit être démonté et entreposé à l’est en attendant une éventuelle possibilité de réactivation sur site. Sont encore débattus deux problèmes épineux : la pénurie de ciment, on compte en dizaine de milliers de tonnes, et son partage entre les projets à achever ou à développer, l’alimentation en énergie électrique qui se chiffre en milliers de KW/h, or sans électricité il est impossible de lancer les compresseurs permettant de fournir de l’oxygène liquide (A-Stoff). Les producteurs d’énergie français sont incapables d’y arriver pour diverses raisons dont, bien entendu, le sabotage de lignes haute tension, de plus une diversification depuis la Belgique est inopérante. Comme disent les Anglo-Saxons la situation rime avec ‘Catch-22’ ! Celle-ci est plus qu’inquiétante et au courant août deviendra simplement catastrophique. Somme toute le Generalfeldmarschal Erwin Rommel, lors de la réunion du 17 juin 1944 au Wolschlucht II à Margival près de Soisson avec le Führer, avait raison d’exposer ses vues pessimistes et de supplier Hitler de mettre fin à la guerre. Nous connaissons la suite.
A ce moment, les Alliés peinent à sortir du bocage normand, l’opération Cobra qui permet au général George Patton de couper la base du Cotentin et se tourner vers l’est n’intervient que début août, suivie par la ‘poche de Falaise’ et le passage de la Seine mi-août 1944. Les armées de Dwight Eisenhower se déploient : les Canadiens sur les côtes, les Polonais en plaine de Flandre, les Anglais vers Bruxelles, les Américains vers la Meuse. Malgré une succession de défaites, les Allemands se replient vers la ‘Heimat’ avec un semblant d’ordre et de combativité. 
C’est donc dans les minutes de la réunion de Bansin qu’apparaît pour la première fois, dans l’échelle des priorités, l’évocation de l’installation « Regenwurm » ; cliquez ICI pour en lire le texte en PDF [620Ko].
Regenwurm ? Le terme signifie ‘ver de terre’, un code un peu simpliste par rapport autres sites affectés d’appellations secrètes plus imaginatives. Il s’agit simplement de creuser un ou des tunnels dans des carrières ou collines dont l’épaisseur de calcaire atteint un minimum de 25 m d’épaisseur, si le cas se présente tenter de les connecter. Les emplacements choisis bénéficiant de la même infrastructure d’intendance que les ‘monstres’ de béton. Les documents concernant Regenwurm sont particulièrement minces mais il est à suspecter que le projet n’a pas été étudié la veille du débarquement, plutôt dès le moment où on envisageait des lancements à partir de base mobile. Même Hitler, - du bout de la moustache ! -, a approuvé le projet tout en exigeant, comme tout bon dictateur, que ses Meisterstück conservent en apparence une activité pour détourner, sans doute, les bombardiers anglais de l’Allemagne. 

Constructions en bois à Hallines et un panneau dédié au RAD (GH).

A quoi doivent servir ces tunnels ? A entreposer et/ou à servir de base de lancement de V-1 ou V-2 avec toute la logistique nécessaire. Bien entendu, il y a une nette différence en matière de travail de creusement entre une galerie devant accepter une voie ferrée au gabarit métrique et une autre destinée à recevoir une Fern Rakete Wagen portant sa V-2. Il suffit d’envisager l’espace nécessaire à son charroi.
Le seul document indiquant graphiquement un tel dispositif est celui de la vue en perspective du Bauvorhaben 21 à Wizernes qui date du 1er août 1944. Il est à suspecter que ce croquis n’est que prospectif et qu’aucun creusement de cette ampleur ne fut exécuté. Dans le même ordre d’idée et en se référant à la réunion de Bansin, trois Regenwurmen sont planifiés. Au grand désespoir des ‘bunker archéologues’ adeptes de la lampe frontale (qui leur sert en fait de cerveau), l’entreprise n’est pas engagée, certainement par manque de temps et de moyens. Par contre, le concept est bien finalisé pour des galeries logistiques, permettant, peut-être, la dissimulation d’armes de représailles, de matériaux ou d’intendance administrative, ou les deux à la fois. Comme il n’y a pas ou plus de documents à ce sujet dans les archives, seule une imagination sereine permet de soulever le voile d’Isis. Une telle option permet de s’interroger : vu la qualité tactique de bombardements anglais et américains, les Regenwurmen n’ont-ils pas été précédés par des velléités de protection des troupes actives et administratives ? La ‘bunkermanie’ ne présentant pas le choix le plus adéquat. Creusons des galeries sous 25 m de calcaire et installons nos hommes et équipements au lieu de les laisser ciblés par les Lancaster et autres forteresses volantes. Quand bien même si des bunkers sont achevés ou en voie de l’être, il y a un revirement tactique et, soyons honnête, les historiens ont peine à découvrir les sources de celui-ci, sans doute tout simplement par un déficit de documents historiques. Pourtant, les galeries de Hallines et Setques, par exemple, existent. Celles-ci ont-elles donné l’idée du ‘ver de terre’ à un cacique haut placé ? Cela s’apparente à poser la question si l’Obergruppenführer Friedrich Kammler a-t-il finalement été tué en Hongrie ? L’énigme demeure entière ! 
Autour du bunker de la Coupole d’Helfaut-Wizernes bien connue pour son exceptionnel musée, existe une série d’installations logistiques afin d’assurer le bon fonctionnement des armes de représailles, tels l’approvisionnement en matériel et en vivres pour les personnels chargés des tirs vers l’Angleterre. L’on va donc trouver dans la vallée de l’Aa toutes sortes de lieux administratifs, de stockage et entrepôts dont la caractéristique première est l’aménagement souterrain afin d’échapper aux bombardements Alliés. 
Bref rappel : la base de la Coupole est construite dans une carrière à chaux appartenant à M. Macquart et située au pied du Mont d’Helfaut. L’ingénieur en chef de l’Organisation Todt, Xavier Dorsch, choisit ce site pour le chantier car il est judicieusement positionné : route carrossable, voie SNCF et canal, ce qui est pratique pour la venue et l’approvisionnement des matériaux nécessaires au projet.
Comme dans toute organisation nazie, les superviseurs confortent leur autorité. Ainsi une annexe de la Kommandatur 772 choisit le château de M. Georges Dambricourt, à Hallines, ainsi que celui de Paul Dambricourt, les deux édifices étant reliés par une passerelle enjambant l’Aa. Le contrôle de la Coupole et des bases pour V-1 de la région est parfait. D’autant plus qu’une ‘zone rouge’ de six à dix km de rayon est décrétée avec l’évacuation manu militari des habitants. S’y joignent encore d’autres unités dont le Festungspionier-Stab 27 dont un des Kommandeur est l’Oberst Kurt Michelmann, inventeur du Michelmannstand, un tobrouk simplifié.

Le château Dambricourt, swastika claquant au vent et fenêtres ornées de papier collant en guise de protection morale (GH).

Ainsi au village de Blendesques, dans la carrière Picot, bois de l’Hermitage, un abri bétonné est construit servant de poste de secours, bunker pour troupe et de surveillance de la sortie de la voie ferrée desservant la Coupole.
A Helfaut même et plus particulièrement dans la carrière Mont-Car, un tunnel est percé, parallèle à la route pour relier la sortie de la voie SNCF provenant de la galerie Ida de la Coupole – celle-là même qu’empruntent les visiteurs du musée – avec la voie ferrée qui mène à Saint-Omer. Lors d’un bombardement Allié, la voûte de ce tunnel s’est effondrée ensevelissant des wagons et quelques deux cents prisonniers esclaves d’origine russe, hommes et femmes. Un fait de guerre rarement évoqué et dont la mémoire se perd.
La base V-2 de la Coupole, située dans la carrière Maquart, est connue du lecteur, mais près des « pads » de lancement, sur le flanc ouest, un souterrain est creusé, doté d’une façade d’entrée briquetée surplombée d’une dalle de béton. Appelée « hôpital » sur les plans allemands, il semble qu’il s’agisse d’un ultime camouflage sémantique car les alvéoles ou chambres ne sont pas accessibles à cette fonction. Cette série de galeries conviendrait-elle mieux à la protection et le stockage d’éléments sensibles constitutifs des têtes explosives de V-1/V-2 ?

Plan du souterrain de Hallines tiré de l’ouvrage d’André Holland et diverses annotations (GH).

A Hallines, dans le parc du château de Georges Dambricourt est construit un bunker type R608, poste de commandement pour régiment ou bataillon à huit locaux internes, à proximité immédiate du flanc droit du château, ceci en faveur des occupants du château. Un sous-terrain le relie à l’édifice. Huit Tobrouk pour MG34 devaient être aménagés en périphérie du parc. L’imposant château a connu une bien triste fin : d’abord inhabité et cloisonné, il est un terrain de jeux pour garnements, puis squatté et enfin incendié de fond en comble. Un projet de réhabilitation municipal est ainsi parti en fumée. Dans le parc se trouvaient quelques chalets de bois servant de bureaux. Quant au château de Paul Dambricourt qui est actuellement un hôtel, subsistent les traces de fondation d’un deuxième bunker R608.

La vidéo de Gérard dure près d’une heure, avec les hauts et les bas d’une caméra qui repose sans doute en paix ; merci à vous pour votre indulgence.

A Hallines toujours, au lieu-dit Rouge-Mont, l’Organisation Todt creuse un nouveau souterrain – une véritable passion ! – afin d’installer ses bureaux d’études et de dessin et pour y loger leur personnel. Des huit galeries prévues seules cinq son achevées, soit la galerie d’entrée et trois transversales avec murs de briques pour des locaux, une galerie arrière et le tout aboutit à une dernière galerie. Celle-ci ne comporte pas d’entrée à flanc de colline, par contre elle se prolonge au-delà de la galerie arrière par deux volées de marches avec coude à angle droit (29 et 31 marches). Cet escalier se termine par un puits vertical agrémenté de deux séries de barreaux servant d’échelles. On ne sait si cette sortie de secours fut achevée, elle est bloquée par une dalle de béton horizontale à quelques dix mètres de hauteur, vraisemblablement près de la surface de la colline. L’entièreté de l’édifice est creusée dans le calcaire et soigneusement appareillé de briques provenant de Belgique, le ciment utilisé montre une belle qualité. Les galeries terminées indiquent que l’ensemble devait être doté d’un système de ventilation, d’électricité et de chauffage. A la libération, l’ensemble fut pillé de son contenu. Le vœu d’André Holland était d’installer un musée dont les visites auraient été coordonnées avec la Coupole et la vidéo disponible dans cette chronique laisse deviner cette possibilité.
Enfin, entre le château et ce souterrain, se trouve une pâture dans laquelle un tronçon de voie ferré est achevé, se reliant à la voie de Boulogne-Saint-Omer. Celle-ci permet le garage d’un train Flak équipé de pièces de 2 et 3,7 cm, peut-être un ou deux 8,8 cm… C’est dire que l’équipe de Dorsch est attentive au détail de défense du chantier de la Coupole. 

Porte blindée à Setques ; couverture de l’ouvrage rare d’André Holland (GH).

A Setques, au bout du lieu-dit l’Enclos, juste après le passage de la ligne de chemin de fer, un complexe souterrain est creusé devant servir au stockage de V-1 et de matériel divers. Les troupes allemandes dynamitent l’entrée lors de leur retraite de septembre 1994. 
Après bien des difficultés administratives, ce n’est qu’en 1996 qu’André Holland est autorisé à effectuer des fouilles. Rien de bien important fut trouvé : petit matériel électrique pour bunker dans un état de décrépitude avancé, quelques munitions légères très oxydées et un amas important de laine de verre. Ces galeries auraient dû rejoindre celles situées à Lumbres en poursuivant le percement sous la colline appelée « la Montagne ». 
A la description du souterrain s’ajoute une affaire de simple police. Un collaborateur, peut-être un agent double, allez savoir, fut aperçu début septembre par des habitants des lieux en compagnie d’un groupe de soldats de la Wehrmacht. Par souci d’éthique, nous gardons les noms confidentiels. Selon André Holland et à partir de ses propres recherches, il est à supposer qu’il fut abattu dans une des galeries, près de l’amas de laine de verre. Aussi, après l’ouverture du souterrain, des investigations sont entreprises à cet endroit. Malheureusement, par effet de convection d’air frais, la craie s’asséchant, une heure trente après l’accès, des portions de la voûte se détachent et le groupe se retire. Gérard : « Par souci de sécurité et sous le contrôle du maire, nous devions assurer l’interdiction de pénétrer dans le souterrain et monter une garde à l’entrée jusqu’au lendemain, jour où celui-ci devait être à jamais refermé. A 18 heures, tout s’est effondré, coupant court aux investigations ».

Galerie de Setques : le tractopelle à l’ouvrage (GH).

A la vue des photos de Gérard Himber que nous proposons ici, il est certain qu’André Holland y avait « mis le paquet », équipe de volontaires et tractopelle. C’est ce dernier qui, dans une manipulation prudente, heurte une pièce métallique à l’approche de l’entrée. Les Allemands, non content d’obstruer l’orifice, avait tenté de le piéger à l’aide d’un obus de 28 cm ! D’où provenait-il ? D’un stock perdu pour les canons sur voies ferrées, une ‘Kurze Bruno Witz’ ? Mystère bien sûr mais il reposait toujours là près de 52 ans après les faits et dans un état de conservation acceptable. L’ogive fut emportée par les services de déminage qui doivent encore s’en rappeler.

André Holland à pied d’œuvre (GH).

Sous la colline de « la Montagne » citée plus haut, cette fois du côté de Lumbres, trois tunnels ferroviaires sont aménagés pour aboutir à trois grandes salles de stockage de vivres. Le propriétaire des lieux est cette fois la Kriegsmarine, dans un esprit d’occupation à longue durée, s’y trouvent une boulangerie de type industrielle et des chambres froides. Ce qui est advenu de ces installations demeure peu clair.
Au hameau de la Pourchinte, près d’Elnes et de ses carrières, un tunnel est percé afin de relier ceux de Setques et Wavrans. Les travaux quoi que avancés ne sont pas terminés. Il en va de même au hameau de Wavrans où un dernier tunnel est creusé sous le Mont Carrière, rue du Vert Gazon. Les dimensions de la porte d’entrée laissent supposer qu’il conviendrait au stockage de V-1. 

A g., l’entré de Wavrans, à dr., l’amas de laine de verre de Setques (GH).

Comme le rappelle Gérard : « Tant à Elnes qu’à Wavrans, à la libération et à la grand joie des habitants, des wagonnets furent trouvés dans ces galeries débordant de vivres et conserves ». 
La galeriemania des Allemands dans cette région de l’Aa était conditionnée par leurs bases pour V-2, la Coupole étant le Meisterstuck, mais aussi la vingtaine de bases de lancement de V-1 disséminées dans l’Audomarois ; sans oublier les énormes impedimenta nécessaires aux positions de Flak et aux principaux terrains d’aviation des environs, à savoir Longuenesse près de Saint-Omer, Fort Rouge ou encore La Bruyère. L’effort insensé du creusement de tant de galeries souterraines par des prisonniers esclaves ou des ouvriers travaillant pour des firmes belges, hollandaises ou françaises liées à l’organisation Todt, a pu être, somme toute, partagé par divers corps d’armée incluant, par un tour de passe-passe administratif, la marine de guerre allemande. 
Ce qu’il en reste : vraiment peu de choses physiquement parlant, les sites interdits d’accès restants sont soit sur propriété privée soit appartenant aux communes citées ou encore simplement détruits. Du calme…

L’obus de 28 cm, un piège vicieux ! (GH).

Pour clôturer cette chronique, il nous faut en revenir un dernier instant à André Holland. Un homme qui aurait pu se trouver dans les colonnes du Sélection du Reader’s Digest, section ‘homme extraordinaire’. De son activité dans la Résistance nous ignorons tout, mais cette anecdote révèle a contrario un entre-gens certain… Un jour, il est décidé de tracer l’autoroute A26(E15) qui doit passer au-dessus de l’emplacement des souterrains d’Hallines. Diable, il descend à Paris et il a une entrevue avec le Président Charles de Gaulle. Le tracé est modifié. Ca c’est du Holland pur jus ! Un autre jour et comme dit plus haut, il pense que le Regenwurm d’Hallines, situé sur une de ses métairies, pourrait devenir un musée ; des problèmes administratifs l’en dissuadent. Et pourtant, il n’hésite pas à récupérer un tobrouk pour l’installer à proximité ! Cela étant, subsiste un espoir car l’idée était de mettre au point un circuit ‘train touristique’ via la ligne de chemin de fer toujours existante, passant par l’ascenseur fluvial d’Arques, l’Arcopal de la même cité, une usine de fabrication de papier à Blendecques, le musée du papier à Hallines, notre Regenwurm et la Coupole d’Helfaut. A cet effet, une locomotive à vapeur d’époque, importée de Pologne, attend toujours la révision de ses freins à Saint-Omer… et un budget. Yves Le Maner, cheville ouvrière de la Coupole, espérait un tel circuit ; hélas, il ne fait plus partie, ainsi que son épouse, de l’exécutif du musée…
André avait des idées, avait le répondant et l’énergie pour les mettre en œuvre, malheureusement, malade, il décède en juillet 2008. Nul ne sait ce qu’il est advenu de ses archives. A moins qu’un jour…

Transport d’un tobrouk vers Hallines (GH).

Plan succinct des sites évoqués, fond de carte IGN (GH).

Robert Dehon.

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notes sur l'auteur

POUR ALLER PLUS LOIN...

Gérard Himber et Robert Dehon sur le site lourd pour V-1 de Maison-Ponthieu (Somme) en septembre 1995 ; à l’arrière-plan, les murs de protection de la rampe de lancement. Le temps passe, les souvenirs demeurent ! Depuis lors, les progrès concernant l’étude des armes de représailles allemandes ont été remarquables même si des pans d’ombre subsistent. 

SOURCES

«Vallée de l’Aa, installation Regenwurm», André Holland, auto-production, 2000.
«Constructions spéciales», Roland Hautefeuille, auto-production, 1995.
«Les sites V-1 en Flandres et Artois», Laurent Bailleul, auto-production, 2000.
«Invasion 1944», Hans Speidel, Berger-Levrault, 1950.
«The victory campaign», C. P. Stacey, vol. III, R. Duhamel, 1966.
«Eisenbahnartillerie», Guy François, Ed. Histoire et Fortifications, ca. 2000.

NOTES

Bauvorhaben 21: projet de construction n° 21, Wizernes.
Tallboy: le sujet est traité dans la chronique ‘L'horrible soirée des Grands-Garçons’.
Beauftragte zur besonderen Verwendung (Heer) – B.z.b.V.: délégué à une tâche spéciale de l’armée de terre.
OT-Einsatzgruppe West: groupe opérationnel ouest de l’organisation Todt.
Wa Prüf 10: Waffen Prüfenamt 10, bureau d’essais d’armes n° 10.
HAP 11: Heimat Artillerie Park 11, parc d’artillerie de l’intérieur n° 11.
Festung Pionier Stab 27: Fest. Pi. Stab 27, état-major du génie des fortifications n° 27.
Meisterstuck : chef d’œuvre.
Catch-22: titre d’un roman de Joseph Heller ; une situation impossible car vous ne pouvez pas la conclure sans exécuter une action suivie d’une autre, mais vous ne pouvez réaliser la seconde sans avoir achevé la première, capito ? Bref, un chien qui se mord la queue. 
Kurze Bruno Witz: une blague du Petit Bruno, canon de 28 cm sur voie ferrée.
Fern Rakete Wagen: remorque pour le transport du V-2 par route connue aussi sous le nom de Meilerwagen.
RAD: Reichsarbeitsdienst, service du travail du Reich, une organisation nazie des années 1933 à 1945.
 

 

 

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