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Chroniques Historiques / Anniversaire des 60 ans de la libération de Boulogne sur Mer.
1944: la vérité sur la capitulation du chef de Boulogne sur Mer

La Libération de Saint Martin Boulogne

«I want Boulogne badly!» «J’ai terriblement besoin de Boulogne», tel est l’essentiel du message qu’envoie le Field-Marshall Bernard Law Montgomery au General H. D. G. Crerar le 6 septembre 1944. La raison de cet empressement: posséder un port important dans le Pas-de-Calais afin d’accélérer l’intendance de ses armées pour foncer vers le Reich. Le 2e Corps d’armée canadien, Lieutenant-General G. G. Simonds, est chargé de libérer toute la côte jusqu’à l’embouchure de l’Escaut. La 3e Division d’Infanterie s’occupera du Boulonnais, elle est commandée par le Major-General D. C. Spry. L’opération reçoit le nom de code « Wellhit » (qui peut se traduire par ‘bien touché’).

Mais avant de pouvoir investir Boulogne-sur-Mer, il faut récupérer les troupes engagées dans la prise du Havre, Operation Astonia, ce qui va prendre quelque temps. Attardons-nous un instant sur l’organisation de cette 3e DI constituée des éléments suivant:
- The Cameron Highlands of Ottawa
- 7th Infantry Brigade: The Royal Winnipeg Rifles, The Regina Rifle Regiment, 1st Battalion The Canadian Scottish Regiment
- 8th Infantry Brigade: The Queen’s Own Rifle of Canada Regiment, Le Régiment de la Chaudière, The North Shore (New Brunswick) Regiment
- 9th Infantry Brigade: The Highland Light Infantry of Canada, The Stormont Dundas and Glengarry Highlanders, The North Nova Scotia Highlanders


Ces troupes sont accompagnées d’éléments divers: artillerie, blindés, etc., Canadiens ou Britanniques. L’attaque doit être exécutée en quatre phases. La première est l’assaut venant de l’Est vers le Mont Lambert, site fortement casematé. La deuxième est la pénétration du port et le passage de la Liane. La troisième doit voir l’investissement du Fort de la Crèche, d’Outreau et de Herquelingue. La quatrième est de s’assurer la capture de Nocquet sur la côte et les hauteurs de Saint-Etienne.

Boulogne-sur-Mer a été décrétée « Forteresse » (‘Festung’) par Hitler (Ordre du Führer n° 11 du 8 mars 1944). Le port est sous le commandement du Generalleutnant Ferdinand Heim (voir à son sujet l’annexe 1 des chroniques du Fort de la Crèche) avec une garnison de quelque 10.000 soldats provenant de l’Armée de terre et de la Kriegsmarine (marins, artilleurs des batteries côtières) et de la DCA de la Luftwaffe. F. Heim, nommé le 31 juillet 1944 en remplacement du Pionier-General Jan Mikosh, s’installe le 2 août à la Kommandantur du boulevard Eurvin, il procède à une dernière évacuation de 8.000 civils entre le 11 et le 13 septembre. Subsistent environ un millier de Boulonnais qui seront aux premières loges des combats. L’attaque débute le matin du 17 septembre 1944 par des bombardements massifs réalisés par les quadrimoteurs Lancaster et Halifax du 2nd Tactical Air Force, sur le Mont Lambert. Lors de cette journée, 700 bombardiers ont largué environ 3.400 tonnes de bombes sur le périmètre de défense du port, avec des résultats peu probants. L’attaque se poursuit: le 18 septembre Mont-Lambert tombe, la batterie Friedrich-August et ses trois canons de 30,5 cm déguste le 19, le port est investi le 21 et la zone Nord est conquise. Le 22 septembre, s’écroule le Fort de la Crèche et ce même jour Wimereux est libéré par les efforts consécutifs des Régiments du QORofC, Chaudière et North Shore. F. Heim se rend au Portel, le commandeur du Marine-Artillerie-Abteilung 240, le Korvettenkapitän Fritz Diekmann, réussit à s’exfiltrer avec quelques troupes de Wimereux, ils suivent, avec beaucoup de chance, la côte jusqu’au Cap Gris-Nez pour se rendre aux Canadiens. Tandis que le Vizeadmiral Friedrich Frisius, le patron de la Kriegsmarine, se réfugie à Dunkerque où il poursuit bêtement « sa guerre » jusqu’à la capitulation finale.

« Les forteresses seront tenues jusqu’au dernier homme, jusqu’à la dernière cartouche »

Le Führer, dans sa folie, avait émis cet ordre: « Les forteresses seront tenues jusqu’au dernier homme, jusqu’à la dernière cartouche ». Voici ce qu’en pensait F. Heim, propos rapportés par le Major Milton Shulman, après interrogatoire au Camp XI en Grande-Bretagne: « Il est difficile pour nous, gens de l’Occident, de sacrifier nos existences quand la solution est sans espoir, et c’est là la principale raison pour laquelle mes troupes se sont rendues plutôt que de mourir dans leurs abris. Plus on va vers l’Est et moins la mort a d’importance. Les Japonais n’ont pas la moindre crainte de la mort et les Russes n’en ont presque pas. En Angleterre et en Amérique, la vie est très précieuse, et en temps de guerre on fait tout ce qu’on peut pour qu’elle ne soit pas gâchée inutilement. Nous, Allemands, nous nous situons à mi-chemin de ces opinions ».

Le port de Boulogne-sur-Mer ne sera rendu opérationnel que le 12 octobre 1944. Mais entre-temps, la plage du boulevard Sainte-Beuve sera utilisée pour l’opération Dumbo, le système de pipe-lines permettant de transiter du carburant d’Angleterre vers les armées à l’offensive... en Belgique.

Car, recadrons le contexte, l’action canadienne fait partie des missions compliquées de support à l’offensive globale sur l’Allemagne, missions capitales pour la libération des contrées du Nord - Pas-de-Calais et de la côte belge. Les Britanniques expulsent les Allemands de Bruxelles le 3 septembre, Operation Sabot, c’est dire la différence de progression des divers corps d’armées Alliés. Les Canadiens se couvriront de gloire lors de la réduction de la poche de Breskens (Pays-Bas, au Sud de l’estuaire de l’Escaut) et pendant la bataille de Walcheren, au Nord de l’estuaire du fleuve.. et ils poursuivront les efforts jusqu’au port de Hamburg, jusqu’à la victoire finale ! Le 22 septembre le Fort de la Crèche est conquis. A ce moment même, Montgomery déclenche l’opération « Market-Garden », les paras Alliés sautent sur le pont trop loin d’Arnhem au Pays-Bas. C’est un échec cuisant qui permettra le dernier sursaut d’orgueil de l’armée allemande: la bataille des Ardennes.

Soixante années ont passé. Souvenez-vous !

QUELQUES CHIFFRES
Boulogne-sur-Mer, en 1939: 52.371 habitants ; 14.776 en 1945.
Wimereux, en 1939: 1100 habitants ; 200 en 1945
dont le Docteur Vautrin, Mme Douchy, la pharmacienne, Monsieur l’abbé Mourmier, bref tous ceux qui voulaient résister et qui habitaient la partie Est de la ville, côté impair, de la rue Carnot ! Etant donné que l’autre côté était en « zone rouge », désertée des ses habitants deux mois auparavant par les Allemands pour les besoins du « Mur de l’Atlantique ».

Boulogne-sur-Mer, fin septembre 1944: 5.000 immeubles détruits, 3.967 partiellement sinistrés; sur les 9.800 maisons que comptait la ville au début de la guerre, 533 demeurent habitables, soit 25.000 sinistres totaux et 24.000 sinistres partiels. 
L’industrie traditionnelle est anéantie: 300 m de quais utilisables sur 4.000, une seule grue réparable sur 61, tous les hangars et ateliers du port sont anéantis, les voies de chemin de fer sont détruites à 100 %, le tirant d’eau du bassin Loubet est à peine praticable pour les navires...

Robert Dehon.

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notes sur l'auteur

SOURCES
«Le Boulonnais dans la tourmente», Guy Bataille, Pierru/Monom, Coubron 1969/1975 (4 volumes)
«The Victory Campaign», Colonel C. P. Stacey, Vol. III, Minister of National Defence, Ottawa 1966.
«Victory in the West», L. F. Ellis, Imperial War Museum, London 1962
«Boulogne 1944», A-G. Vasseur, Presses de la Cité, Paris 1969
«La défaite allemande à l’Ouest», Major M. Shulman, Payot, Paris 1948
Illustrations : G. Bataille, R. Dehon, C. P. Stacey, DR.
 

 

 

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