ACCUEIL LE FORT DE LA CRECHE CHRONIQUES HISTORIQUES LIENS CONTACT
  Accueil > Chroniques Historiques > Les raids commandos en Côte d'Opale.  

Chroniques Historiques / Les raids commandos en Côte d'Opale.
De la bunker archéologie à la «une» !

Plongeon fatal dans la Manche

La guerre éclair n’a duré que 46 jours, l’action combinée allemande des chars d’assaut, de l’aviation tactique et la percée des Ardennes a mis à genoux les Alliés. Le seul échec stratégique d’Hitler est le succès de l’Opération Dynamo, le retrait des forces expéditionnaires britanniques entre Dunkerque et La Panne. Dix jours qui ont compté pour 338.000 Anglais dont 123.000 Français, faut-il le rappeler. Dynamo achevée dans la nuit du 2 juin, la Grande-Bretagne est knock-out. Dans la crainte d’un débarquement nazi, elle doit rééquiper ses armées et les entraîner. Et modifier immédiatement sa doctrine militaire : prendre l’offensive pour rétablir la confiance.
Le 4 juin, le nouveau Premier Ministre, Winston Churchill, s’adresse à la Chambre des Communes : « Nous ne nous contenterons pas d’une guerre défensive ». L’après-midi même, il adresse une note au Général Hastings Ismay indiquant que l’armée devrait sans tarder attaquer l’ennemi et mettre au point des unités de raid. Ajoute un Churchill très pugnace : « Ce serait fantastique de pouvoir amener les Allemands à se demander où ils seront attaqués la prochaine fois au lieu d’être obligé de barricader toute l’île ».

La missive est aussitôt transmise au Général John Dill, chef d’état-major impérial, qui charge le Lieutenant-colonel Dudley W. Clarke d’étudier la reprise de l’offensive. Clarke estime que la meilleure solution est la guérilla et propose la constitution de «commandos», un terme issu de la Guerre des Boers de 1899 à 1902. Il soumet l’idée à Churchill qui l’approuve avec enthousiasme, ne l’a-t-il pas connue ? Certains officiers supérieurs sont dubitatifs mais, le 8 juin, remarquable efficacité en ce temps de crise, Dill fonde la section M09 et nomme le Lieutenant Général Alan Bourne des Royal Marines commandant des raids sur les côtes occupées par l’ennemi. Soit 12 commandos de 500 hommes… et Clarke reçoit, le 12 juin, l’ordre sublime d’organiser un raid « le plus tôt possible ! ». Encore faut-il rameuter les soldats et leurs équipements et armes. Clarke a la chance de récupérer dix compagnies indépendantes formées pour harceler les Allemands en Norvège. Ceux-ci sont renforcés par des volontaires de l’armée régulière pour « un service spécial de nature dangereuse ». A l’entraînement, gentlemen ! Le Colonel Bernd Horn résume parfaitement : «Les recruteurs recherchaient des êtres jeunes, intelligents, dont la forme physique était exceptionnelle, qui avaient fait preuve de courage, d’endurance, d’esprit d’initiative, d’ingéniosité, d’autonomie et d’agressivité et qui savaient nager et bien tirer. Les officiers cherchaient aussi des candidats doués en mécanique, qui savaient conduire des engins motorisés et n’étaient pas sujets au mal de l’air ou de mer».

Deux figures exceptionnelles de l’armée britannique ressortent de cette organisation : Mountbatten et Lovat. 
Louis Mountbatten, (25/06/1900 – 27/08/1979), 1er comte Mountbatten de Birmanie, Amiral de la flotte (en 1956) de la Royal Navy et homme d'État, fut le dernier Vice-roi de l'Inde britannique et premier Gouverneur général de l'Inde indépendante. Il est mort assassiné par l'IRA. En octobre 1941, avec rang de vice-amiral, il est nommé chef des Opérations combinées (‘Combined Operations’). Son travail consiste alors à mettre au point des stratégies militaires visant à la libération de l'Europe continentale.
Simon Fraser, 15e Lord Lovat, 25e chef du Clan Fraser, surnommé ‘Shimi’ (9/7/1911 – 16/3/1995) ; parfaitement connu du public par l’interprétation de l’acteur Peter Lawford (qui ne lui ressemble pas) dans le film « Le jour le plus long ». De multiples sites Internet retracent leurs histoires.

Chaque homme doit pouvoir être un chef sans oublier sa bonne humeur, son enthousiasme ni son assurance. Des durs à cuire à l’esprit commando, quoi ! L’entraînement se développe principalement au château d’Achnacarry, propriété du Clan Cameron, dans les Highlands d’Ecosse. Activités exténuantes où se mêlent les marches, les assauts et les escalades avec explosifs et munitions réelles. On ne joue pas, le soldat doit être aguerri et combatif. D’autant plus qu’il lui faudra savoir collaborer avec la marine et l’aviation et, sans répit, s’emparer de positions, détruire des installations, neutraliser des bunkers… le tout par surprise ! Donc les gars friands d’action, agressifs vis-à-vis de l’ennemi, vont bien s’intégrer dans leur mission et se différencier de l’armée « normale ». Une sorte d’idéalisme de groupe dont l’Etat-major s’étonne : l’esprit commando ! L’entraînement sera terrible mais induit des avantages : pas de paperasserie et de tracasseries administratives. 
Dès leur formation achevée, les commandos rejoignent le site de leurs unités spécialisées. Selon la mission ils sont amenés sur zone de combat par hydravion, sous-marin ou bateau. C’est le cas pour les opérations sur le Pas-de-Calais, dans des conditions compliquées nécessitant des transbordements des hommes et du matériel, pas au grand jour mais de nuit ! Au pire, imaginons qu’ils quittent un port du sud de l’Angleterre vers minuit. Une ou plusieurs vedettes de type HDML (voir l’illustration) tirant des ‘dories’ motorisés traversent le Channel ; à quatre km du rivage, les commandos se portent sur les chaloupes ; à un km les Goatleys sont dépliés et mis à l’eau ; les commandos pagayent jusqu’à la plage. La mission débute. Le retour est identique… si tout se passe bien. Il est entendu qu’au fur et à mesure d’autres navires sont utilisés, allant de la vedette lance-torpille au Motor Gun Boat, Landing Craft Support et autre Landing Craft Assault.
La liste des raids sur les côtes du théâtre d’opération d’Europe du nord en comporte une soixantaine qui vont des Iles Lofoten en Norvège à Scheveningen en Hollande tout en passant par l’Ile de Jersey ou Bordeaux. Toutefois, il faut souligner qu’au début les missions sont, comme le souhaite Churchill, d’inquiéter l’occupant (option stratégique) et, partant, de gagner du renseignement (option tactique) par la capture de prisonniers.
Les raids qui concernent plus précisément le Pas-de-Calais sont repris ci-dessous, par ordre chronologique et suivi d’un commentaire.

Un groupe de commandos, - au pas et le visage grave ! -, de retour d’un raid sur la côte française passe près d’un canot Goatley démonté (© DND/L&A of C, PA-113247).

Entraînement de commandos en transit : la vedette ML 230 est un HDML, ‘harbour defence motor launch’, armé d’un canon de 40 mm QF 2-pounder et d’un Oerlikon de 20 mm ; les autres embarcations en bois motorisées portent de 8 à 10 soldats (© DND/L&A of C, PA-1413007).

Rare canot Goatley intact déplié et pourvu de son équipage de commandos exposé au Commando Museum de Flawinne en Belgique (© CM).

Sélection de photos de ‘Toute la vie’, on y voit la position faiblement fortifiée, un bunker et le prisonnier dont on ignore le nom (RD).

23-24/06/1940 : entre Boulogne-sur-Mer et Le Touquet, codé « Collar »
C’est la grande première et met en branle 120 hommes, divisés en trois groupes, du N° 11 Commando/Independant Company sous la direction du Major Ronnie Todd et du Lieutenant Milner-Gibson ; soit quinze jours après la décision du ‘Vieux Lion’. Le Lieutenant-colonel Dudley W. Clarke participe à l’opération pour juger de la tenue de ses nouvelles troupes… Le 1er groupe échoue ses embarcations à Hardelot, ne trouve rien de bien intéressant et rembarque. Le 2e groupe, dans un élan quasi suicidaire, aboutit à l’hydrobase située sous le Casino de Boulogne-sur-Mer ; il tente de détruire un hydravion allemand mais celui-ci décolle sous leur nez, le groupe se retire. Le 3e groupe arrive quant à lui sur la plage de Sainte-Cécile et s’enfonce dans la nuit n’apercevant rien, si bien que les officiers commandeurs rejoignent la plage afin de discuter des possibilités quand ils tombent sur une patrouille allemande. Echange de coups de feu et retraite, Clarke, l’organisateur ‘terrain’, est légèrement blessé ! Le 4e groupe atterrit à Merlimont et se dirige vers un hôtel, déjà entouré de barbelés. Deux sentinelles sont égorgées au lieu d’être faites prisonnières, l’alerte est donnée et le peloton doit se retirer avec lancement de grenades. Le retour en Angleterre ne se passe pas mieux : une des embarcations est arraisonnée par la défense du port, comme les commandos ont déposé leur papiers d’identité au départ de la mission, ils sont emprisonnés comme déserteurs. La presse qui est une danseuse salue cette mission qui a fichu « a prick in Hitler’s mouth » !

27-28/07/1941 : Ambleteuse, codé « Chess »
Une douzaine d’hommes du N° 12 Commando foulent la plage au nord de la localité afin de capturer quelques sentinelles et s’enfoncent pour ne rencontrer que des réseaux de barbelés non gardés ; quittant le rivage dans leurs embarcations, ils sont brusquement pris à partie par de l’artillerie légère allemande, un commando est tué.

30-31/08/1941 : Merlimont-Plage, codé « Cartoon & Acid Drop »
Ce raid concernant deux groupes n’ira pas plus loin que sa planification, il est abandonné.

12-13/11/1941 : Les Hemmes, codé « Astrakhan »
Ce raid ne se passe pas sur la Côte d’Opale, il est dirigé vers Houlgate en Normandie (voir plus bas).

11-12/04/1942 : Boulogne-sur-Mer, codé « JV » (Juliet Victor ?)
Peu de renseignements concernant ce raid mené par la Troop 101 utilisant des kayaks pliables « Folbot », du nom de la firme américaine qui les fabrique depuis 1933.

21-22/04/1942 : Hardelot, codé « Abercrombie »
Raid important qui dure deux heures, commandé par Lord Lovat, il concerne deux Troops du N°4 Commando accompagné d’éléments du régiment canadien Carleton and York ainsi que d’autres des Royal Engineers. Le but ? « … entreprendre une reconnaissance des plages et dunes au nord et au sud de Hardelot, capturer des prisonniers et infliger le maximum de destructions dans les alentours ». Ils quittent Douvres sur des MGB (‘motor gun boat’) qui hâlent chacun deux LCA (‘landing craft assault’). Un des LCA coule : retour à Douvres. La nuit du 21 tout se passe bien sauf que le contingent canadien ne trouve pas ‘sa’ plage et s’en retourne. Le restant des commandos rencontre rapidement des réseaux de barbelés et… les mitrailleuses ennemies entrent en action avec un projecteur qui balaye la plage. Les ‘raiders’ tentent de détruire ces positions mais le temps manque. Le repli vers les LCA est intimé et seul le Lance Corporal Shearing est blessé. 

03-04/06/1942 : Sainte-Cécile, codé « Bristle »
C’est une mission pour le N° 6 Commando, sans doute en liaison avec d’autres unités, et doit vraisemblablement détruire une station radar, peut-être celle du Mont Violette ; vu l’importance de l’opération, elle est combinée à deux autres raids codés « Lancing » et « Dearborn ». Ceux-ci sont abandonnés. Subsiste le 6e Commando qui fonce à l’aube vers la cité balnéaire. Peu de renseignements côté britannique, l’opération de ‘reconnaissance’ est un échec… pas pour tout le monde ! L’hebdomadaire britannique ‘The Sphere’ du 13 juin commente le raid et indique que « nos troupes n’ont eu que peu de pertes et des informations de valeur ont été obtenue ». L’article s’intéresse plus à l’action de la Royal Air Force qui couvre l’attaque et son repli. Pourtant dès le 6 juin, le quotidien pro-allemand boulonnais ‘Le Télégramme’ annonce gaillardement : « Une double tentative de débarquement anglaise sur la côte de la Manche a échoué lamentablement… non loin du Touquet ». Le 11 juin, l’hebdomadaire ‘Toute la vie’, sorte de ‘Paris-Match’ sous la botte nazie pour fixer les idées, titre à sa une, format 355 par 270 mm, « Débarquement au Touquet, premiers documents exclusifs », Ach ! le poids des mots, le choc des photos… Vous en découvrez le texte, remarquable d’obséquiosité, en cliquant sur la photo de cette couverture ci-contre.

15-16/05/1944 : Quend Plage-les-Pins, codé « Tarbrush 4 »
15-16/05/1944 : Les Hemmes, codé « Tarbrush 5 »

Les opérations Tarbrush (de 1 à 8) prennent place à trois semaines du débarquement (Overlord) et certaines d’entre-elles se situent dans le Nord-Pas de Calais. La mission est décidée après avoir constaté qu’une bombe larguée sur une plage normande avait provoqué une série d’explosions secondaires : les Allemands auraient-ils un nouveau type de mine ? Le Royal Engineers est chargé de l’inspection technique. Le Major Hilton-Jones dirige l’opération avec le N° 3 (X) Troop. Cinq des huit raids sont réussis mais, lors de Tarbrush 10 (site inconnu), le Captain Woolbridge et le Lieutenant Lane sont faits prisonniers. L’affaire doit être d’importance car ils sont interrogés par le Generalfeldmarschall Erwin Rommel en personne ! Une histoire qui mériterait développement parce que Tarbrush 4 & 5 pointent le nez justement dans la zone de désinformation « Fortitude »…

Cette brève synthèse des raids britanniques sur le Pas-de-Calais permet de se rendre compte que le livre définitif n’est pas encore publié. Voici un secret que vous ne pouvez répéter qu’autour de vous : les éléments actuels d’information sont disséminés dans divers volumes, - souvent traitant d’unités particulières -, de monographies d’histoire locale, d’articles et de sources Internet, sans toutefois faciliter une compréhension globale. Viennent aussi agiter les eaux troubles des raids les sources portant sur les activités concernant le « Special Operation Executive » et ses succursales, s’ajoutent encore les récits sur les opérations de désinformation visant à convaincre Hitler d’une invasion de la Forteresse Europe dans le nord de la France, « Fortitude », bien entendu.
Coup de plumeau à prendre avec une pincée de sel, mais la porte est ouverte aux investigations. Car la plupart des gens, comme le dit Rudyard Kipling : «Walk the narrow way, From Tophet to judgment day».

Robert Dehon.

COPYRIGHT

voir les notes de Copyright

notes sur l'auteur

SOURCES

«Mémoires sur la Deuxième Guerre mondiale», Winston S. Churchill, Ed. Le Sphinx, Bruxelles, 1954 (4 volumes).
«SOE in France», Michael Richard Daniell Foot, Frank Cass Publishers, London, 2004.
«Inside SOE», E H Cookridge, Arthur Barker Ltd., London, 1966.
«La faiblesse engendre la force…», Revue militaire canadienne, Col. Bernd Horn, automne 2005.
«D-Day Commando», Ken Ford, Sutton, 2003.
«The Fighting Fourth», James Dunning, Sutton, 2003.
«The deceivers», Thaddeus Holt, Phoenix, 2005.
«Le Mur de l’Atlantique dans la baie de Wissant», Hervé Olejniczak et al, auto-édition, 2009.
Hebdomadaire «Toute la vie», n° 44, 11 juin 1942, Paris.

REMERCIEMENTS

Mes plus vifs remerciements pour leur aide amicale vont :
• Au Département de la Défense Nationale/Librairie et Archives du Canada, ainsi qu’à notre ami T. Robert Fowler pour son intervention toujours efficace.
• To the Department of National Defence/Library and Archives Canada, just as our friend T. Robert Fowler for his always effectual support.
• A M. Guy Deudon, Conservateur et Administrateur délégué du «Commando Museum» de Flawinne (Belgique) ; website cdomeseum.be

NOTES

Le port du béret : il est «à l’anglaise», soit penchant vers la droite du visage, badge sur le haut gauche ; cette tradition est encore respectée actuellement par les unités commando ayant été formées au Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre, dont la France, avec le prestigieux Commando de marine Philippe Kieffer (24/10/1899 – 20/11/1962).
Critères impitoyables : les soldats ne correspondant pas aux exigences de l’entraînement sont immédiatement renvoyés dans leur unité d’origine, la décision peut être prise en quelques jours.
Dories : embarcation motorisée en bois de 5 à 6 m de long.
Goatley : embarcation pliable non motorisée créée par Fred Goatley (Ile de Wight).
«A prick in Hitler’s mouth» : une piqûre dans la tronche de Hitler.
Rudyard Kipling : « Marchent sur la piste étroite, Entre les feux de l’Enfer et le jour du Jugement ».
Traductions des codes : Collar (col, collier) ; Chess (jeu d’échecs) ; Cartoon (bande dessinée) ; Acid Drop (goutte d’acide) ; JV (parfois indiqué comme J5) ; Abercrombie (James A., général écossais) ; Bristle (soie de porc, de brosse) ; Tarbrush (brosse à goudronner, guipon).
 

 

 

Accueil | Le Fort de la Crèche | Chroniques Historiques | Liens | Contact | © 2013 Editeur