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Chroniques Historiques / De la bunker archéologie à la «une» !
Frédéric Sauvage: inventeur maudit

Les raids commandos en Côte d'Opale

Il est rarissime que OpaleHistoires.com se lance dans la promotion d’un livre à paraître dans les prochains jours de ce doux mois d’avril 2009. Et pourtant, cette courte chronique présente un bouquin dont la cheville ouvrière est un vieil ami. C’est une histoire un peu folle. N’a-t-on pas tout dit concernant l’archéologie des défenses côtières allemandes de la Côte d’Opale ? Sans doute, enfin, presque… Et une bande de camarades décide de revisiter et d’aller plus loin ! Reprendre tout à zéro, fouiller et trouver des traverses hors des chemins battus. Des pointures ces gars-là : un Sangattois, un Anversois, un Dresdois et un Picard pur jus. Soit dans l’ordre, Hervé Olejniczak, Dirk Peeters, Jörg Poweleit qui vit à Dresde en Allemagne, et Yannick Delefosse. Si Jörg, un spécialiste du dessin digital, doit encore se faire connaître du public français, Dirk a couvert le Mur de l’Atlantique du Danemark aux Pyrénées. Il est également un des pionniers de la remise en état muséologique du bunker « SK1 », une énorme casemate d’état-major située dans le magnifique parc anversois Den Brandt. Yannick, quant à lui, est une vieille tige très moustachue qui a été sans doute en France le premier à consacrer un temps invraisemblable sur le terrain. Tous les amateurs se souviennent de ses impeccables dessins d’architecture de la fameuse série « 600 », la génération la plus aboutie des blockhaus de la Forteresse Europe, ainsi que ses recherches approfondies sur les armes ‘V’. Quant à Hervé, sa passion de ces constructions militaires l’a amené à joindre l’équipe de l’Association Fort de la Crèche au moment même où elle était sur les fonds baptismaux. Il a réussi à mener à bien l’inventaire de cette position particulièrement compliquée… scrutant les détails et se posant les bonnes questions, ceci, depuis de longues années, dans le cadre de ses investigations personnelles sur le littoral du Pas-de-Calais.

Méthodologie, terrain et flair ! Telle est la recette pour couvrir les 14 km de côte de la baie de Wissant limitée par les caps du Blanc-Nez et du Gris-Nez, une région d’une exceptionnelle beauté. Des lieux d’une importance stratégique pour l’occupant, vu la proximité de l’Angleterre et l’anse de plages propices à un débarquement. Ce n’est pas pour rien que les Alliés ont activé l’Opération Fortitude. Elle consistait à faire croire à Hitler que c’était dans cette zone que l’attaque de l’Europe occupée devait avoir lieu. Le Führer est bel et bien tombé dans le piège, mais c’est une autre histoire. Il est évident que la zone fut fortement… fortifiée.

Robert Dehon : « Les aménagements récents des Caps n’ont-ils pas fait disparaître nombre de positions ? ».
Hervé Olejniczak : « Oui et non, mais le temps a aussi arasé, naturellement, des points d’appui. Nous avons essayé de dresser un tableau aussi fidèle que possible des différentes défenses côtières ».

RD : «Des défenses particulièrement touffues…»
HO : « En effet, nous avons examiné une cinquantaine de sites, c’est-à-dire que nous avons relevé les plans d’ensemble, ensuite mesuré sur le terrain les plans des bunkers. Puis on s’est intéressé à l’armement déployé et aux unités qui ont tenu les positions. Un invraisemblable panel de l’armée allemande dans le secteur car il y avait des stations radars de la Luftwaffe, des batteries lourdes de la Kriegsmarine, des batteries côtières de l’armée de terre, des points d’appui d’infanterie, des stations d’écoute, des poste d’état-major et, surprise, de l’artillerie lourde sur voie ferrée dans l’arrière-pays. Un véritable inventaire vert-de-gris à la Prévert »

RD : «Bon, vous êtes quatre, vous avez tout fait comme des grands?»
OH : « Seul c’est ultra compliqué, à quatre c’est juste moins difficile. En réalité, nous avons rassemblé nos propres travaux et archives personnelles, et les avons comparés. Après il a fallu réaliser un travail de mise en forme et de vérification, cela nous a pris plus de deux ans. Nous avons reçu les conseils d’Alain Chazette, éminent spécialiste, de Thierry Paradis qui a publié un remarquable ouvrage sur Le Touquet occupé et de la génération ‘montante’ : Laurent Violard et Matthieu Rivart qui publient un opuscule sur Hardelot qui sort en même temps que nous. Il y a aussi beaucoup d’amis, travailleurs de l’ombre, qui ont apporté chacun à leur manière une aide souvent pertinente ».

RD : «Avez-vous déniché des pépites ?»
HO : « Oui, certaines positions sont totalement inédites, je pense à la Mine d’Or, au Mont Plouvin, Noirbernes… D’autres sont développées par rapport à ce qui a déjà été publié ».

RD «La baie de Wissant pendant quatre ans de conflit, ça doit être un remue-ménage au point de vue mouvements de troupes ?»
HO : « Effectivement c’est assez compliqué ! Raison pour laquelle des chapitres sont consacrés à l’évolution de la défense côtière de 40 à 44 dans cette partie du Pas-de-Calais, ainsi que les mouvements des unités de la Heer, la Luftwaffe et la Kriegsmarine. Pour terminer, ils le méritent bien, un chapitre est consacré aux combats libérateurs des troupes canadiennes en septembre 1944 ».

RD : «Un dernier effort Hervé, je sais que vous n’appréciez pas ce genre d’entrevue, le bouquin, il ressemble à quoi ?»
HO : « Pour faire simple, 168 pages, Robert, 200 photos dont la moitié d’époque, une vingtaine de cartes et plus de 130 plans de bunkers ».

RD : « Le prix, où l’acheter, un contact si on se trouve ‘East of the Sun’, je sais que vous aimer le jazz…»
OH : « 25 euros dans toutes les bonnes librairies du Pas-de-Calais, et si on se trouve ‘West of the Moon’ on ajoute 6 euros, c’est Sarah Vaughan qui chantait, non ? Dites, il y a aussi ce courriel pour tout renseignement ou commande : olej62@hotmail.fr Dernière info, je serai présent au Salon du Livre de Wissant les 18 et 19 avril 2009 en compagnies de messieurs Paradis, Violard et Rivart».

RD : «Je préfère la version de Diana Krall ‘live’ à Paris. Dites Hervé, vous avez entendu la découverte de ce bunker au Portel, avec son 4,7?»
HO : « Effectivement, belle surprise pour ce groupe de chercheurs ! ».

RD : «Vous lirez mon commentaire sur OpaleHistoires.com, c’est mon second coup de pouce de la journée. Acio !»
HO : « Avec plaisir… ».

Une jolie cane surprise près des mastodontes de béton.

Appellation tchèque du canon : Škoda 47 mm Model Vz 36.

Au bout du bout de la rue Militaire… un intéressant panorama portuaire.

La presse s’est emparée de la nouvelle. Un bunker, sans doute un ‘SK’ construction spéciale comme à Wimereux, abritant un canon tchèque de calibre de 47 mm a été découvert au niveau de la falaise érodée du Portel, près de l’ancienne gare à hydroglisseurs et en dessous des bunkers de tir sur but marin du Fort de Couppe, le Stützpunkt 232 Seerose.
Aucun étonnement, mis à part l’existence du canon, échappé à l’emprise des ferrailleurs. Il y a une quinzaine d’années, une source proche du port de Boulogne-sur-Mer m’avait indiqué des pistes de recherches sur cette portion du littoral. Mais, le Fort de la Crèche était alors prioritaire… L’Association du Fort de L’Heur a donc effectué une formidable investigation qui, je le souhaite vraiment, se verra couronnée par une belle exposition permanente de l’arme… pourquoi pas dans le casernement Séré de Rivières du Fort d’Alprech qui offre de l’espace ? Avec une reconstitution de la mise place de la pièce, pour autant que le reste du matériel du bunker puisse être désolidarisé de sa gange de béton. Espérons-le !

Ce qui interpelle est la surenchère de la presse. Selon elle le canon Skoda, sous son appellation allemande 4,7 cm Pak 36 (t), est unique ou quasiment dans le Pas-de-Calais. Pour en découvrir d’autres exemplaires il faudrait préparer un périple vers la Hollande, l’Allemagne et la Tchéquie. A côté de la plaque… de blindage : ce qui se passe est, en fait, exactement le contraire ! Ce sont les experts européens qui se dirigent vers la France et tout particulièrement à Dunkerque. En effet, le Musée Mémorial du Souvenir « Opération Dynamo » propose aux regards un Pak 36 (t) qui semble tout juste sorti du service qualité de l’usine Skoda de Pilsen. Lucien Dayan, l’excellent conservateur du musée, m’expliquait que des techniciens tchèques avaient démonté une sorte de ‘portillon’ afin de prendre des photos et vérifier quelques mécanismes internes assez ésotériques. Non loin du musée, sur le parking au bout de la rue Militaire, un gros blockhaus R631 couvrant l’entrée du port, parfaitement ignoré des pécheurs qui hantent l’endroit, conserve la rotule et les plaques de blindage de cette pièce.

Une visite de ce très beau musée, installé dans le Bastion 32, bâti par Séré de Rivières en 1874 et qui servit de quartier général pour les Forces Armées françaises en 1939, s’impose à tous les passionnés d’histoire militaire. Nonobstant le matériel exposé dans les diverses alvéoles et les dispositifs muséologiques, un nouveau venu salue sur le parking le visiteur : un rare canon français anti-aérien de 105 mm modèle 1917/34 PF. Construit à moins de 150 exemplaires, on peut le considérer proche de son célèbre homologue allemand, le 8,8 cm Flak 36/37 L56. Et je pense que les amateurs de maquettisme saliveront à la vue de l’immense modèle récupéré par miracle près de la Marine. Celui-ci présente le port de Dunkerque pendant l’évacuation des troupes Alliées, du 25 mai au 3 juin 1940. Avec les corvettes, les bateaux et les Stuka qui plongent sur leurs proies. Assoiffé ? Direction le centre ville pour dénicher un coup de Becherovka, bonne santé en tchèque se dit : « Na zdravi ! ».

Robert Dehon.

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SOURCES

Photos : Hervé Oljeniczak & Robert Dehon
Pour plus d’infos et les dates et heures d’ouverture du musée, voir ce lien : www.dynamo-dunkerque.com

 

 

 

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