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Chroniques Historiques / McCrae, médecin & poète: le soldat au coquelicot.
Félix Alexandre Guilmant: Point d'orgue "Allegro avec brio"

Les tunnels de Mimoyecques: la Base V3

C’est dans la petite ville de Guelph fondée en 1827, au sud de l’état de l’Ontario, Canada, que Janet Simpson Eckford McCrae donne naissance à son troisième enfant le 30 novembre 1872. Le père est le Lieutenant-Colonel David McCrae et John rejoint ainsi une sœur, Geills, et un frère, Tom. La famille est d’obédience Presbytérienne écossaise. Après une enfance dans un milieu stable et somme toute aisé, empreint de principes élevés et de valeurs spirituelles, John McCrae s’initie à la poésie dès qu’il entre au Guelph Collegiate Institute. Ce qui ne l’empêche pas de s’intéresser à l’armée. Si bien qu’il rejoint à 14 ans le Highfield Cadet Corps et, à 17 ans, il s’inscrit à la batterie de campagne de la Milice commandée par son père. Garçon studieux et brillant, il est gradué du collège de Guelph à seize ans et il est le premier étudiant de la ville à se voir ouvrir les portes de l’université de Toronto. Après avoir suivi les cours pendant trois ans, il est obligé d’interrompre ses études pour cause d’asthme, une maladie qui le poursuivra toute sa vie.
 

Pendant cette interruption, John est assistant au collège d’agriculture de l’Ontario à Guelph où il donne des cours de mathématiques et d’anglais. Il tombe aussi amoureux d’une jeune fille qui meurt inopinément. Son chagrin est noyé dans la poésie avec une tendance vers les thèmes funèbres. 
En 1893, il retourne à Toronto où il est gradué en 1894, ce qui lui permet d’entrer à l’école de médecine de l’université et d’être résident au Garrett Hospital. Tout en suivant ses cours, il perfectionne ses dons de poète : seize poèmes et plusieurs récits sont publiés dans les magazines. Parallèlement, il poursuit avec intérêt sa carrière militaire en devenant canonnier à la batterie N° 2 de Guelph en 1890. Les choses s’accélèrent : sergent quartier-maître en 1891, second lieutenant en 1893 et lieutenant en 1896 ! Et, - c’est ici le premier lien avec le Boulonnais -, il devient capitaine de compagnie au Queen’s Own Rifles of Canada… Ce faisant, John achève ses études de médecine avec brio en 1898 pour travailler jusqu’à 1899 au Toronto General Hospital. Ensuite il passe au John Hopkins Hospital à Baltimore.

Le premier champ de bataille.
La South African War débute en octobre 1899. Elle est mieux connue sous l’appellation «Guerre des Boers». C’est la révolte des colons blancs du sud de l’Afrique contre l’autorité britannique dont le Canada fait partie, British Empire oblige. John McCrae pense fermement qu’il est de son devoir de combattre. Il repousse des études en pathologie qu’il devait suivre à la McGill University de Montréal pour être commissionné commandant de la batterie d’artillerie de sa ville natale, la D Battery du Canadian Field Artillery. John est transféré par bateau vers l’Afrique en décembre 1899 et passe une année avec son unité. Après l’écrasement de la révolte qui voit la constitution des premiers «commandos» chez les Boers, il retourne au pays en 1901. Avec des sentiments amers vis-à-vis de la guerre. Tout en étant convaincu qu’il faille se battre pour sa patrie, il est bouleversé par le traitement lamentable réservé aux malades et aux blessés. Ce sentiment est important et ce vérifiera quinze ans plus tard… John est promu capitaine puis major, mais il quitte l’armée en 1904.

 

Il a aussi repris ses études en pathologie qu’il réussit et les années se passent en oeuvrant à McGill et au General Hospital de Montréal. Ouvrant son propre cabinet en 1905, cet acharné du travail collabore toujours avec divers hôpitaux, publie des articles dans des magazines réputés, voyage en Europe donnant des conférences ! Sans compter ses activités para professionnelles et sociales… Il participe aussi à une expédition du Gouverneur général Lord Grey, du lac Winnipeg à la baie d’Hudson. Infatigable et poursuivant toujours l’écriture de poèmes !

La Première Guerre mondiale.
On le sait, le 4 août 1914, l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne. Le Canada faisant partie de l’Empire britannique est tout aussi automatiquement en guerre. Les Canadiens, - peuple qui a du caractère -, se lèvent en masse et en trois semaines 45.000 d’entre eux grossissent les rangs de l’armée. Vous l’avez deviné : John McCrae est parmi eux ! Il est appointé chirurgien de brigade à la First Brigade de la Canadian Forces Artillery avec le rang de Major et commandant adjoint. Mais toujours un peu écorché, il écrit à un ami : « C’est une affaire terrible et j’y vais car je pense que n’importe quel célibataire ayant l’expérience de la guerre doit y aller. Bien sûr, j’ai peur, mais encore plus peur de rester ici avec ma conscience ».

Avant « d’y aller », il y a les périodes d’entraînement et de formation et plusieurs mois passent. Enfin, c’est le transit vers l’Europe via l’Angleterre. John a la possibilité d’emmener son propre cheval nommé ‘Bonfire’, cadeau d’un ami, incroyable, non ? En avril 1915, il se trouve dans les tranchées près d’Ypres, une zone terrifiante, celle des Flandres ! L’enfer pendant toute la durée de la guerre, il ne pouvait pas mieux tomber. Il y avait déjà eu la ‘première bataille d’Ypres’ lors de la stabilisation du front. Sans entrer dans des détails qui dépasseraient cette chronique, disons que depuis la côte de la Mer du Nord vers le sud s’étagent des troupes belges, puis anglaises et enfin françaises. Ce mois d’avril voit la ‘deuxième bataille d’Ypres’, celle où les régiments du Kaiser utilisent les gaz pour tenter de faire sauter le verrou. Les Canadiens sont juste dans la ligne de visée ! Ils tiennent malgré tout pendant seize jours d’affilées. La notion de ‘deuxième bataille d’Ypres’, faut-il le rappeler, n’est qu’une vue de l’esprit : tous les jours les patrouilles se heurtent, les canons aplatissent le relief, les mitrailleuses 08/15 et Vickers arrosent les positions, il pleut souvent, la vie est infecte ! John McCrae et ses équipes soignent des centaines de blessés par jour, entourés des morts ou mour
ants. «Dans mon esprit l’impression générale est celle d’un cauchemar» écrit-il à sa mère. 

Groupe d’officiers en Afrique, John McCrae 2e rang, 2e à gauche (NA of C).

Le convoi funéraire à Wimereux, Bonfire est à droite ; qui reconnaît le site ? (DR).

Terrain ravagé et trous d’obus inondés, le blessé doit être ramené (DR).

Cimetière de l’Essex Farm, à l’horizon le talus du canal (NA of C).

 

La fin de John McCrea.

John est terriblement marqué par les combats sans pitié et les pertes incroyables (l’adjectif est juste !). La boucherie disait-on… Inutile de revenir ici sur les raisons, elles sont parfaitement développées dans les livres modernes par des auteurs qui ont su se dégager des remugles de la propagande. Il a encore l’occasion de chevaucher ‘Bonfire’ et son chien ‘Bonneau’ est un bon compagnon. L’écriture de poèmes allège son esprit des responsabilités inhérentes à ses fonctions à l’hôpital. Son dernier opus est «The anxious dead» (‘le mort anxieux’) qui ne reçoit pas le même accueil que «Flanders Fields», trop morbide sans doute et, donc, inutile pour une propagande axée sur la victoire du surlendemain. 


Au cours de l’été 1917, John souffre de nouvelles crises d’asthme et de bronchite. Janvier 1918 voit ses maladies quasi chroniques empirer et ses collègues diagnostiquent une pneumonie. Décision est prise de le transférer vers le British General Hospital N° 14 pour officiers. Sa santé décline à jamais. Le 28 janvier 1918, après cinq jours d’agonie, il meurt de pneumonie et de méningite… après avoir eu connaissance d’une dernière affectation, celle de docteur consultant à la Première Armée britannique, le premier Canadien à être honoré de la sorte. Cet homme hors du commun est enterré, - dernier lien avec le Boulonnais -, avec les honneurs militaires dans le cimetière de Wimereux. Son cheval ‘Bonfire’ suit la procession, les bottes de John à l’envers dans les étriers. Il est à croire que le brave ‘Bonneau’ n’était pas éloigné de son maître. Son décès est une catastrophe médiatique comme on dit de nos jours : « In Flanders Fields the poppies blow… ». Actuellement, une simple dalle posée horizontalement indique l’emplacement du lieu de repos dans le cimetière de Wimereux, à quelques pas de la Croix du Sacrifice. 

 

LE POEME

Le jour d’avant, à une date inconnue, un de ses amis, le Lieutenant Alexis Helmer, est tué et enterré dans un trou, une simple croix de planches plantée dans la terre meuble, parmi d’autres proches. Les premiers coquelicots s’infiltrent entre les croix de ce cimetière totalement improvisé. Dans l’impossibilité d’aider les camarades morts, John puise dans cette vision l’essence de son avant-dernier poème afin que les coquelicots expriment la voix de ceux qui sont disparus. En voici le texte en anglais avec la traduction française suivie d’une traduction littérale. Car si la licence poétique autorise l’adaptation, reconnaissons que la version française manque de ‘punch’! Quelques temps après, John quitte son bunker pour être transféré au N° 3 (McGill) Canadian General Hospital en France.

Nous trouvons ici les deuxième et troisième liens avec le Boulonnais. L’hôpital est installé dans d’énormes tentes à Dannes - Cammiers, il y est le chef des services médicaux. La météo étant exécrable, l’entièreté de l’hôpital est alors déplacée dans les ruines du collège des Jésuites établi à Boulogne-sur-Mer. Ce dernier ouvre ses portes en février 1916 et propose 1.560 lits. Il rassemble les blessés de plusieurs zones de combat telles celles de la ‘bataille de la Somme’, la ‘bataille de Vimy’, etc. Rappelons également qu’un ‘village-hôpital’ était situé non loin du Fort de la Crèche (voir le chapitre 14 La Crèche sur ce site) et que les principaux hôtels de la région étaient des antennes médicales. 

Robert Dehon.

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notes sur l'auteur

POUR ALLER PLUS LOIN...

Le bunker de John McCrae.

Un jour de visite en semaine au cimetière de la « Essex Farm », à quelques kilomètres au nord d’Ypres. Deux autocars, une centaine de garçons et filles ne s’éparpillent pas sur le terrain. Ils sont encadrés par des profs sympa mais fermes. Les jeunes élèves anglais sont tenus à visiter ces lieux chargés d’histoire une fois dans leur scolarité. Arrondissons : cinq cent mille morts méritent bien cet hommage, non ? Quelle leçon de mémoire! Arrive ensuite un minibus «tour privé» avec guide, plus loin un véhicule du Commonwealth War Graves Commission d’où on descend une grosse tondeuse. On gagne le canal ‘Ieper-Ijzer’, par le chemin à gauche du cimetière. Là, une large tranchée mène aux bunkers où John exerçait son art. Ils sont engoncés dans le talus du canal, quand même à trente mètres de là. Au-dessus, quelques vaches paissent en paix. Au-delà du canal, une nouvelle zone industrielle pointe le nez. Les bunkers sont accolés les uns aux autres, formant un tout. Rien de bien sensationnel, de simples locaux au plafond plat. Il y a des fentes dans les murs de soutien. Tout est paisible, pas de canonnades, pas de 08/15… Sensation extraordinaire dans les pas de John. Ceux qui ont compulsé quelques bouquins peuvent facilement imaginer le capharnaüm. Une alouette passe…

 

légende photo: Les blessés doivent être sauvés dans ces locaux très frustres.

POUR ALLER PLUS LOIN...

Hommage du Queen’s Own Rifles of Canada Regiment.

Dans le cadre de la promotion de la jeune Association Fort de la Crèche, j’ai eu le plaisir d’organiser avec le Lieutenant-Colonel Steve Brand quelques visites dans le Boulonnais dont, bien entendu, le fort. Le groupe comprenait des Vétérans et des membres de leur famille. Le 10 juin 2003, nous nous arrêtions au cimetière de Wimereux où les édiles de la ville avaient parfaitement assuré l’organisation pratique : parcage sécurisé par la police et pose d’une gerbe sur la tombe de John McCrae. Voici un extrait du reportage. 

légende photo: Feu M Velghe salue la tombe, le couple à droite récite de concert « In Flanders Fields » avec une ferveur étonnante.

SOURCES

«In Flanders Fields, the story of John McCrae», John F Prescott, Boston Mills Erin, 1985
«The First World War», John Keegan, Pimlico, 1999
«Ypres Salient Battlefield Guide», Maj. & Mrs Holt, Leo Cooper, 2001
«Before endeavours fade», Rose Coombs, After The Battle, 1994
«La campagne de l’Armée belge», divers, Bloud & Gay, 1915
«Les sites de guerre», divers, Ministère de la Défense Nationale (belge), 1924

LEXIQUE

Guelph d’après la ‘Maison de Guelph’, famille d’origine du roi Georges IV (Georges IV Guelfes 1762-1830).
Guerre des Boers prononcez « bour’ », du 11 octobre 1899 au 31 mai 1902, rébellion des colons d’origine néerlandaise en Afrique du Sud, le contingent canadien ne fut constitué que de volontaires (7.300).
Bonfire feu contrôlé à l’extérieur qui célèbre le solstice d’été, coutume remontant à l’époque celtique.
Dalle horizontale souvent il est lu que les dalles « Alliées » doivent être plantées verticalement et celles des Allemands posées horizontalement sur le sol ; ce sont autant de divagations d’experts spécialistes en n’importe quoi, toutes les dalles du cimetière de Wimereux sont horizontales pour des raisons d’ancrage au sol.
Last Post salut musical et traditionnel en honneur aux soldats Alliés tombés.

 

 

 

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