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Chroniques Historiques / Félix Alexandre Guilmant: Point d'orgue "Allegro avec brio"
Les armes secrètes allemandes dans le boulonnais

McCrae, médecin & poète: le soldat au coquelicot

Le livret signé de Philip Borg-Wheeler accompagnant un CD de sa 1ère Symphonie surprend: «Vu la minceur du répertoire pour orgue et orchestre il est difficile de comprendre pourquoi cette symphonie de Guilmant est si rarement interprétée», écrit-il. Curieux, voyons y voir de plus près...

Avant tout, allumez l’amplification de votre PC, prêt? Appuyez sur le bouton "play" du lecteur ci dessous.... Dans quelques instants…un extrait de la 1ère Symphonie de Guilmant, avec Franz Hauk à l’orgue et la Ingolstadt Philharmonie sous la conduite de Olaf Koch. Avec la collaboration de « Chandos », voir les remerciements ci-dessous. 

L’histoire de Félix-Alexandre Guilmant est aussi très « interrégionale » - comme on dit aujourd’hui – car son talent fut développé par un Belge, Jaak-Nikolaas Lemmens qui est décédé à Zemst, une petite ville à portée d’élastique de chez moi. Bref, en passant au sud du Nord via le Boulonnais et passant par la Belgique, cette chronique musicale trouve naturellement sa place sur OpaleHistoires.com

A gauche, Félix-Alexandre à la console d’un orgue qui a coûté 12.000 $ d’époque ! A droite, L’orgue de Église Presbytérienne à New York.

Partition pour orgue avec la mythique quadruple portée, on joue aussi avec les pieds…

Il est évident que la France a vécu une période formidable dans la seconde partie du XIXe siècle jusqu’après la Première guerre mondiale en matière de création musicologique originale. La musique d’orgue sera fabuleuse et Boulogne-sur-Mer sera un des berceaux. Félix-Alexandre Guilmant naît le 12 mars 1837 à l’ombre de Saint-Nicolas, église trop méconnue des touristes plus captivés par des restaurants. Son père, Jean-Baptiste, en est le maître de chapelle et, bien entendu l’organiste. Il sera son premier professeur. Vers douze ans, le jeune Félix-Alexandre, doué – très ! -, remplace déjà en douceur son père au clavier…

Jean-Baptiste Guilmant père, né à Nielles-les-Ardres dans le Pas de Calais le 14 janvier 1794, joue l’orgue de son village dès son adolescence. Il arrive à Boulogne-sur-Mer en 1820 et épouse Marie-Thérèse Poulain, une maîtresse d’école originaire de Rennes, en 1825. En avant la musique ! Une affaire de famille, lisez plutôt: son arrière-grand-père Jean avait eu deux fils facteurs d’orgues, Pierre-Antoine et Jean-François. Le fils de ce dernier, Joseph, était professeur de musique. Tous oncles du père du héros de cette chronique. Plus fort encore, c’est Jean-François qui a construit l’orgue de l’église Saint-Nicolas ! Félix-Alexandre bénéficie donc d’un environnement très propice à l’éveil de son art. En 1853, il débute comme organiste à l’église Saint-Joseph. Il a seize ans. Quatre ans plus tard, il passe maître de chapelle à Saint-Nicolas. Bien joué !

 

Ceci ne l’empêche pas d’intensifier ses études d’harmonies sous la direction de Gustave Carulli, fils d’un guitariste célèbre, Ferdinand Carulli. Ses cours complétés en 1860, Félix-Alexandre accompagne son père lors d’une visite à Paris. C’est la révélation ! Il écoute le célèbre organiste belge Jaak-Nikolaas Lemmens et décide de poursuivre des études musicales sous sa baguette. Il quitte le Boulonnais pour Bruxelles où Lemmens enseigne au Conservatoire. L’entente entre les deux musiciens est parfaite, sans doute même complice. Lemmens possède la ferveur du partage de la connaissance, cette collaboration sublime entre les deux hommes instillera à Félix-Alexandre une nécessité humaniste d’enseigner l’art de l’orgue et de ne pas retenir son talent. L’évaluation, - autre terme bien actuel -, sera exceptionnelle. Cette formation achevée et onze ans plus tard, soit en 1871, Félix-Alexandre remplace Alexis Chauvet en tant que titulaire du grand orgue de l’église de la Trinité à Paris. Rien de moins et quel instrument ! Un Cavaillé-Coll, une très grosse machine… Des années-plaisirs qui se solderont malheureusement, en 1901, par son éviction suite à ce qu’on peut nommer une méchante cabale.
Souhaitant « sortir » l’orgue de son confinement religieux, le facteur d’orgue Aristide Cavaillé-Coll décide l’implantation d’un orgue gigantesque dans la salle des fêtes du Palais du Trocadéro afin de proposer des concerts. Le succès est incroyable. Et cela dure pendant une vingtaine d’années ! Histoire de promotionner et de faire connaître du public des pièces portant sur plusieurs centaines d’années. Dans le même mouvement, Félix-Alexandre va profiter de ces galas pour révéler les œuvres de Bach qui étaient absolument négligées en France. Une véritable réhabilitation !

Éclectique et sans timidité aucune, il dirige des concerts avec orchestre et révèle des œuvres méconnues comme les concertos de Haendel ou d’autres pièces françaises tombées dans les oubliettes de l’histoire. Infatigable musicien professionnel, il publie aussi sur papier : les archives des maîtres de l’orgue en dix volumes, vingt-cinq cahiers de l’École classique de l’orgue. N’oubliant pas les leçons de solfège qu’il donnait à Boulogne-sur-Mer et sa communion d’esprit avec Lemmens, Félix-Alexandre s’affirme un pédagogue hors pair. Quelle puissance de travail! Quels résultats! Quelques noms : Emile Billeton (cathédrale d’Arras), Edmond Diericky (Saint-Christophe à Tourcoing), Léon Saint-Réquier (Saint-Gervais à Paris) et, sommité moderne, l’excellent Marcel Dupré. Élève de notre héro dès ses dix ans, il raconte dans ses souvenirs que « c'était un Maître admirable, rigoureux à l’extrême dans la recherche de la perfection, mais d'une patience et d'une douceur telles, que l'enfant que j'étais, ne souffrait jamais d'être parfois arrêté à chaque mesure pour le moindre détail... » Un vrai Boulonnais !
Félix-Alexandre se disperse-t-il ? Non, c’est un arbre, un orgue de chêne. Il fonde avec Vincent d’Indy et Charles Bordes la «Schola Cantorum» en 1894. Il double à la direction du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, succédant à Charles-Marie Widor. Franc-parler ? Bien sûr, pensez-vous ! Pour lui la musique se résume en une clé majeure : «On ne formera jamais assez d’organistes de talent». En France? En Europe? Aussi aux États-unis! Tel est l’impact de son enseignement qu’un de ses élèves, William Crane Carl qui avait étudié à Paris, devient premier organiste et maître de chœur de la Première Eglise Presbytérienne à New York. De leur amitié naît alors l’extraordinaire « Guilmant Organ School » qui, hélas, ferme ses portes en 1970. Félix-Alexandre, ne sachant pas rester en place en ce début de XXe siècle, entame trois tournées aux USA. Il se produit dans les églises et salles de concert les plus prestigieuses : célébrité intercontinentale ! 

 

« C'est sans doute au professorat que Guilmant consacra le meilleur de son temps sans ménager ses efforts. Ses principes de base étaient fort simples mais d'une logique absolue : jeu lié en bannissant tout geste inutile et superflu, technique parfaitement maîtrisée, rythme soutenu et phrasé appuyé. « Le maître ne supportait pas l’à-peu-près à l'orgue ! », commente Denis Havard de la Montagne. Félix-Alexandre compose énormément : huit sonates, des recueils de pièces, des préludes et interludes, trois messes, deux symphonies… La firme allemande de production Schott-Muzik conserve à l’heure actuelle son œuvre. Notre génie musical boulonnais décède le 29 mars 1911 dans sa résidence de Meudon des suites d’une grippe mal soignée, non loin de son orgue personnel. Il repose au cimetière de Montparnasse. Une belle vie de musique et une vision bien carrée à l’instar de ses origines boulonnaises quand il déclare : « Le passé est la porte ouverte sur l’avenir ».

 

Et si OpaleHistoires.com organisait un concert public dans l’église Saint-Nicolas ? Histoire de faire mentir l’assertion de Philip Borg-Wheeler…

Robert Dehon.

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notes sur l'auteur

POUR ALLER PLUS LOIN...

Jaak-Nikolaas Lemmens

Jacques-Nicolas est né le 3 janvier 1823 à Zoerle-Parwijs, petite localité du Limbourg belge. Son père, Jan-Baptiste, est à la fois organiste, sacristain et instituteur. Après ses études musicales, il devient le protégé du compositeur François-Joseph Fétis qui est aussi directeur du Conservatoire de Bruxelles, fondé expressément pour la relance de la musique d’orgue dans le pays. L’appui du facteur d’orgues allemand Jozef Merklin qui réside dans la capitale, un concurrent du Parisien Cavaillé-Coll, arrive à point nommé. Jaak-Nikolaas a aussi la chance d’étudier avec Adolf Hesse à Breslau en Allemagne, un spécialiste de Bach. Ensuite sa carrière se développe et il enchante la ville lumière par ses concerts à Saint-Vincent de Paul. Il se marie avec la cantatrice anglaise Helen Sherrington qu’il suit dans son pays pour revenir à Bruxelles en tant que professeur d’orgue au Conservatoire… où il forme les futurs grands talents de l’hexagone : Guilmant, Widor… Il décède le 30 janvier 1881 à Sempst (actuellement Zemst) et est inhumé dans son village natal.

SOURCES

Site « musimem.com » Alexandre Guilmant
Site « fpcnyc.org » The First Presbyterian Church
Livrets Chandos, Philip Borg-Wheeler & Joe Riley

REMERCIEMENTS

Pour découvrir Félix-Alexandre, je recommande les deux CD suivants édités chez « Chandos » qui comportent aussi des œuvres de Poulenc, Widor et Frank, toutes avec Ian Tracey à la console de l’orgue de la cathédrale de Liverpool, accompagné par l’orchestre philharmonique de la BBC sous la conduite de Yan Pascal Tortelier. Ce sont des CD enregistrés « triple D » (soit tout digital) à prix compétitif. Je les ai écoutés sur une amplification normale et sur une autre « de premier ordre » : un ravissement !
• Guilmant, Symphonie n° 1 pour orgue et orchestre Op. 42 ; CHAN 9271
• Guilmant, Symphonie n° 2 pour orgue et orchestre Op. 91 ; CHAN 9785
Je tiens à vivement remercier Ms. Becky Lees de chez Chandos qui a, d’un clin de courriels, permis notre petite animation musicale. Je remercie aussi quelques amis musicologues qui se reconnaîtront pour les illustrations de cette chronique. Je dois vous avouer que j’ai travaillé un temps dans le business du disque. Enfin, merci à Fabien, notre webmestre, qui a fourni les photos de l’orgue de Saint-Nicolas. 

 

 

 

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